même parmi les populations a l l og è n e s
des ho s t i l i t é s i r r é du c t i b l e s ; sans doute,
il est t r è s puissamment établi en Trans–
caucasie où des torts commandent tous
les points s t r a t é g i q u e s : mais ma l g r é
toutes les tentatives de colonisation,
l ' é l émen t russe proprement dit est en
mi no r i t é dans cette province (20 pour
cent environ de la population totale);
les A rmé n i e n s y comptaient jusqu'ici
pour un c i n q u i ème de « sujets fidèles » :
si on se les aliène par des vexations
insupportables, alors que les trois cin–
q u i ème s de la population, Gé o r g i e n s ,
Tartares, tribus diverses de la monta–
gne, sont peu s û r s , l ' é l émen t russe,
n o y é pa rmi des races hostiles, ne
maintiendra plus sa s u p r éma t i e que
par la terreur militaire; et c'est le pire
moyen de gouvernement. En respec–
tant ses propres engagements et en
é t e n d a n t même les autonomies locales
au lieu de les restreindre ou de les
supprimer e n t i è r eme n t , l'autocratie tza-
rienne se fût concilié la fidélité de la
plupart des nations de Transcaucasie.
Dis aliter visum :
les dieux en on l
j u g é autrement, et si les dieux russes
seuls é t a i en t ma î t r e s en cette affaire,
il n'y aurait g u è r e de recours à e s p é r e r
contre leur caprice malfaisant et stu-
pide. Ma i s i l ne s'agit pas, dans le cas
actuel, d'une question i n t é r i eu r e russe :
les biens spoliés ne sont pas seule–
ment la p r o p r i é t é commune des A r mé –
niens du Caucase, sujets russes, mais
de tous les A rmé n i e n s r é s i d a n t hors de
Russie, qu'ils soient sujets turcs ou
persans ou qu'ils soient devenus c i –
toyens amé r i c a i n s , hollandais, anglais,
voire f r a n ç a i s ; et le
Pologényé,
de
1836,
r e c o n n a î t le c a r a c t è r e particulier
du catholicos d'Etchmiadzin ; dans les
neuf articles qui ont trait à l'élection
du catholicos, i l en est un portant
qu' « en cas de vacance du siège
d'Etchmiadzin, le Synode envoie à lous
les d i oc è s e s a rmé n i e n s de Russie et
du dehors l'invitation de nommer deux
d é l é g u é s , l'un e c c l é s i a s t i qu e , l'autre
l a ï que pour élire le nouveau catho–
licos. »
Le catholicos d ' Et chmi adz i n est donc
le r e p r é s e n t a n t international, r é s i d a n t
en Russie, des A rmé n i e n s d i s s émi n é s
dans les vingt-deux d i o c è s e s de Tu r –
quie, dans les deux d i o c è s e s de Perse,
aux Indes Né e r l a n d a i s e s , en Amé r i q u e
et dans presque tous les pays d ' Eu –
rope; et les biens meubles.et immeu–
bles dont l'administration avait attri–
bué e j usqu ' i c i au Synode d ' Et chmi adz i n
proviennent en tout ou en partie de
donations faites par des personnes sou–
veraines ou p r i v é e s qui n ' é t a i e n t point
russes.
De ce fait, le litige existant entre le
gouvernement russe et la nation a rmé –
nienne, r e p r é s e n t é e par des personnes
souveraines ou p r i v é e s de na t i ona l i t é
non russe, pourrait ê t r e p o r t é par
celles-ci devant la Cour arbitrale de L a
Haye ' qui fut i n s t i t u é e par la propre
initiative du tsar Nicolas II.
Si une telle p r o c é d u r e était e n g a g é e ,
la r é s i s t a n c e l ég i t ime des A rmé n i e n s
du Caucase qui a é t onn é d'abord et qui
inquièle maintenant le gouvernement
de S a i n t - P é t e r s b o u r g ne serait pas r é –
p r imé e par la force : elle aurait s im–
plement permis aux arbitres d é s i gn é s
par les puissances signataires de la
convention de L a Haye , de terminer
juridiquement un conilit où l'autocra–
tie moscovite, au mé p r i s de tout droit,
cherche à enlever à la nation a r mé –
nienne tout espoir de subsister a p r è s
tant de siècles de luttes inutiles et de
vains sacrifices.
Pierre
Q U I L L A R D .
L A
R U S S I F I C A T I O N
A U
C A U C A S E
Le Rapport de M. de Plehwe.
Le
Times
qui publia, peu a p r è s son
é l a bo r a t i on , le c é l èb r e et néfaste rap–
port du prince Galitzine sur les é co l e s
a rmé n i e n n e s , a d o n n é , à la fin de
septembre, 1 analyse de l'exposé fait
par M . de P l ehwe au Comi t é des m i –
nistres en faveur du transfert des biens
de l'Église a rmé n i e n n e au T r é s o r im–
pé r i a l . On sait que M . de Wi t t e et la
ma j o r i t é des membres du Comi t é
é t a i en t d'avis que la mesure p r o p o s é e
nuirait au bon renom de la Russie au
dehors : M . de W i l l e a é t é relevé de
ses fonctions de ministre des finances
et M . de P l ehwe , partisan d'une po l i –
tique de r é p r e s s i on brutale et de rus–
sification à outrance, reste, j u s q u ' à
nouvel ordre, ma î t r e du terrain. 11 est
donc n é c e s s a i r e de faire c o n n a î t r e ,
d ' a p r è s le grand j ou r na l , les arguments
de cet autocrate provisoire. Le s voici :
En 1897, les écoles des paroisses armé–
niennes furent placées sous le contrôle du
ministre de l'Instruction publique, qui
prit en même lemps l'administration des
biens destinés à ces écoles. Depuis ce mo–
ment, le clergé arménien a engagé une
série d'actions légales pour démontrer
«
non sans quelque succès » que ces biens
appartiennent non aux écoles, mais aux
églises el aux monastères. En considéra–
tion de ces circonstances, ainsi que de la
politique séditieuse du clergé arménien,
le gouverneur du Caucase, prince Galit–
zine, proposa, en 1900, le transfert au
Trésor des biens de l'Église arménienne.
Celle proposition du prince Galilzine
rencontra l'opposition du minisire,des fi–
nances et du ministre de l'agriculture et
des domaines publics. Ces deux ministres
firent observer qu'une mesure aussi vio–
lente que le transfert par la force au Trésor
des revenus de l'Eglise serait de nature à
causer de la désaffection dans la popula–
tion arménienne. Le ministre des finances
considérait comme désirable que le con–
trôle de la propriété ecclésiastique fût
remis aux mains d'une Commission analo–
gue à celle qui contrôle la propriété des
fonds religieux mahométans : celte Com–
mission serait composée de représentants
des autorités locales au Caucase et de re–
présentants du clergé arménien. Le mi–
nistre de l'agriculture, d'autre part, propo–
sait que les biens de l'Eglise arménienne
fussent placés sous un système de contrôle
analogue à celui qui fonctionne pour les
propriétés appartenant en Bessarabie à des
monastères grecs : c'est-à-dire que le con–
trôle sur les biens mobiliers et immobiliers
de l'Eglise fut donné au ministre des
finances tandis que l'administration pra–
tique des biens-fonds serait placée dans les
mains du ministre de l'agriculture.
Le prince Galitzine et le feu ministre de
l'intérieur Sipiaguine considérèrent comme
acceplable la proposition du ministre de
l'agriculture et un projet en ce sens fut
soumis par ordre impérial à une Commis–
sion présidée par M. de Frisch. La Com–
mission estima qu'une telle mesure frap–
pant l'Eglise arménienne aurait une
influence, à l'égard de la Bussie, sur l'en–
semble de la population arménienne. Celle
proposition, dans l'opinion de la Commis–
sion, avait pour objet
dr,
supprimer l'acti–
vité séditieuse du haut clergé arménien et
des classes cultivées ; mais pour parvenir
ce but d'autres moyens pouvaient être
employés, par exemple, la limitation de l'au–
tonomie de l'Eglise arménienne et l'établis–
sement d'un contrôle effectif sur ses reve–
nus et ses dépenses. En conséquence, la
Commissionestimailinopportune la mesure
proposée. M . Sipiaguine acquiesça à cette
opinion ; le prince Galitzine maintint son
opinion antérieure.
Après lecture des procès verbaux de la
Commission, Sa Majesté 1 Empereur voulut
Fonds A.R.A.M