172
LES TURCS ONT PASSÉ LA . . .
l'unique témoignage du Moukhtar Yonouz. Tandis
que ce dernier contre qui un procès avait été intenté,
sous l'inculpation de massacre d'un grand nombre
de chrétiens, a été complètement acquitté, ayant
réussi à prouver par les faux témoignages de cer–
taines personnes louches, que pendant les événe–
ments funestes, le susdit Moukhar, musulman, était
absent d'Adana. Or, ne trouvez-vous pas étonnant
que le susdit Kévork soit condamné à mort sur la
déposition du Moukhtar et que, plus tard, la préten–
due absence de la ville de ce dernier soit admise par
la Cour Martiale, lorsqu'il s'agissait cette fois-ci
d'une plainte portée contre le Moukhtar?
3
° Alors qu'on condamnait les chrétiens en se
basant sur des conjonctures et sur de faux témoigna–
ges, i l n'en était pas de même pour les musulmans
qui n'étaient pas condamnés, malgré l'existence de
plusieurs témoins sérieux. Citons, par exemple, le
fait suivant :
Le nommé Assadour, orfèvre arménien, a été con–
damné à 15 ans de prison parce qu'on avait trouvé le
cadavre d'un musulman dans un lieu assez distant de
sa maison. Par contre, les femmes qui s'étaient p r é –
sentées pour établir l'identité des assassins qui
avaient tué la femme et les enfants du malheureux
Assadour, ont été chassées de la Cour Martiale.
«
Qu'est-ce que vous cherchez ici
P
leur disait-on ;
voulez-vous que nous condamnions
à
mort des mu–
sulmans à cause de vos maris et de vos enfants
P
Allez vous occuper de vos affaires. La faute n'est pas
à vous, mais bien au Gouvernement qui vous a telle–
ment gâtées.
»
Quelle jolie réponse et quel loyal t r i –
bunal !
Fonds A.R.A.M