si leur âme n'avait été chargée de douleur. C'est en mgA i s a n t
conter leurs aventures que j ' a i pu me convairj^frcôm^ien
j'avais peu souffert en comparaison.
Des dames de Tokat et de Sivas avaient fait pàrtie-d'une
grosse caravane qu i avait suivi le même chemin que nous,
mais qui au lieu de s'arrêter à Soroudj , obliqua sur Ress-
ul-Aïn, par Ourfa. Elles furent en butte à toutes les horreurs
j
que peut concevoir un fanatisme en délire. Si meurtriers
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furent les mauvais traitements qu'on leur infligea, que sur
*
i
sept cents
femmes^
dont la caravane se composait au départ,
soixante à peine purent arriver à destination. Entre autres
supplices inventés pai l ' immonde cruauté turque je dois citer
celui-ci. Les gendarmes les menèrent sur une hauteur où
après les avoir fait mettre complètement à nu on les obligea
à se remettre en route. Elles marchèrent ainsi pendant dix
jours sous le soleil d'un été mésopotamien. D'une main elles
protégeaient leur tête et de l'autre couvraient leur nudité.
Elles marchèrent sous la risée et les sarcasmes des passants.
Le soleil, qu i leur brûlait la peau, avait formé des cloques
que les gendarmes faisaient saigner à coups de fouet. I l es
v
superflu de dire ce que fut cette détresse morale et physique,
sans exemple dans l'histoire de la Barbarie. Cette caravane
^avait un nom, celle des
Tchiblak Barhana
(
la colonne des
•*
Nudités). C'est ainsi que les survivantes atteignirent A l e p . %
.
t é mo i n s de cette honte infligée à la femme, les habitants
chrétiens et musulmans, s'empressèrent de leur f ourn i r de
quo i se couvr i r . Chacun donna ce qu ' i l put , soit un mou–
choi r , soit une robe.
D'autres taits me furent rapportés, non moins horr ibles ,
mais qui ne peuvent prendre place dans un récit. Je rencon-
Fonds A.R.A.M