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qu ' i l y avait lieu de prolonger de quinze jours le délai de dépor–
tat ion. Cependant le propriétai|fi[dut encore rçne fois user de
son crédit pour obtenir que l'oncle fut autorisé à réintégrer
son domicile.L'autorisation ayant été obtenue, i l crut cfevoir
se rendre au camp pour s'assurer par l u i même qu'elle serait
suivie d'effet. Mais l'oncle n'était plus là : i l était déjà exilé à
Bab.
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Comme nous réfléchissions sur les moyens de le t i rer
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là, voilà qu ' i l revient à la maison au moment ou nous nous
y attendions le moins . I l nous raconte qu ' on l'avait compris
dans un convoi formé de plusieurs centaines de déportés
par t i en longues files jusqu'à Bab et que le voyage s'était
effectué sous une pluie torrentielle. Trempé jusqu'aux os i l
s'était réfugié sous une tente avec une quarantaine d'exilés,
aussj mouillés que l u i . Tou t le monde y avait passé fa nu i t sur
pied avec de l'eau jusqu'à la cheville.
A l'aube du jour suivant i l visitait le campement, si toute–
fois l ' on peut appeler de ce nom un entassement de malheu–
reux sans abris et qui offrait dans son hor r i b l e misère le
tableau le plus effrayant. Partout des cadavres, gisant]pêle
mêle avec des malades abandonnés dans la bov/e. Apitoyé
par ce spectacle mon oncle distribuait à ces malheureux un
peu d'argent, puis i l reprenait tranqui l lement le chemin de
Bab. Là après avoir fait sécher ses vêtements et mis un peu
d'ordre dans sa toilette, i l allait à l'hôtel ; mais sachant que
les patrons d'établissements avaient reçu la consigne de ne
recevoir aucun Arménien, i l se faisait passer pour un Grec
et prenait le nom d'Anesti.
Le lendemain i l aperçoit un prêtre nestorien en train de
louer une voiture pour se renare à Al ep. I l le prie de voul o i r
Fonds A.R.A.M