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corps
(1).
Cette inégalité s'accrut nécessairement par
le temps, et produisit l'état de choses actuel, où nous
voyons partout, en Turquie, les ministres du culte
subordonnés au magistrat civil, qui exerce sur eux le
pouvoir d'un évêque diocésain (2). Toutefois, le prin–
cipe de la double investiture n'a pas cessé d'être
maintenu, le mufti s'étant réservé le droit de réciter
la prière à l'avènement des sultans, et les deux aumô–
niers du palais impérial faisant partie du premier or–
dre de la magistrature.
La hiérarchie, comme la constitution de l'ulèma, ne
date, à proprement parler, que du règne de Moham–
med II, dont elle fut en grande partie l'œuvre. Extrê–
mement compliquée dans ses détails, elle est peu con–
nue, même en Turquie. Cette complication ne doit pas
être attribuée uniquement à cet esprit méthodique et
minutieux propre aux Turcs, elle est aussi l'effet d'une
tendance qu'on remarque dans toutes les corporations
qui aspirent à dominer les sociétés, à multiplier dans
leur sein les distinctions et les subordinations de rangs,
afin de donner plus de force à l'unité sur laquelle elles
se fondent. Mais, sans entrer dans des détails un peu
en dehors de ces éludes, et, je le répète, difficiles à in–
diquer avec précision, je me bornerai à marquer les
diférences essentielles qui existent entre les deux
pouvoirs de l'ulèma.
(1)
<t Le clergé, en tant que l'on désigne par ce nom les mi–
nistres du culte, ne jouit peut-être nulle part de moins d'influence
qu'en Turquie. Les jurisconsultes, au contraire, n'ont dans aucun
royaume, la Chine exceptée, plus de considération, et n'exercent
plus de pouvoir dans les affaires politiques.» (Hammer,
Histoire
de l'Empire ottoman,
t. III, p. 322.)
(2)
Les ministres de la religion sont, dans tout l'empire turc,
soumis au magistrat civil, qui les casse ou les déplace à volonté.
(
Voy. d'Ohsson,
Tableau général.)
5.
Fonds A.R.A.M