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dû
à
la loi et leur propre inviolabilité, précipiter les
sultans du trône et les livrer aux poignards des janis–
saires.
L'uléma, ou corps des ulémas, se partage en deux
branches : la branche judiciaire, composée des inter–
prètes de la loi et des juges, et la branche religieuse, à
laquelle appartiennent les ministres du culte. A l'ori–
gine, les deux fonctions furent confondues dans l'u-
lèma, comme elles l'étaient auparavant dans la per–
sonne du souverain : le cadi était apte à exercer les
fonctions sacerdotales, de même que l'imam, au sortir
de la mosquée, pouvait remplir l'office de juge. Mais,
à la longue, il y eut scission : les cadis formèrent un
corps séparé qui s'attribua la jouissance des emplois
judiciaires à l'exclusion des imams, dont les fonctions
furent restreintes à la prédication et au service de la
mosquée. La nature même de leur pouvoir, qui les
maintenait dans la sphère politique, l'avantage de
compter dans leurs rangs les hauts dignitaires et le
chef de l'ulèma, le crédit toujours croissant de ce chef,
dont les attributions sont bien plus judiciaires que
sacerdotales, l'administration des vacoufs, les profits
considérables qu'ils retiraient de leurs charges et du
droit du quarantième qu'ils prélèvent sur tous les pro–
cès soumis à leur juridiction, le soin qu'ils eurent de
n'admettre parmi eux que les membres les plus éclai–
rés de l'ulèma, tout contribua à assurer aux premiers
une prééminence marquée sur les seconds, qui, rétri–
bués faiblement sur les dotations des mosquées, pau–
vres, ignorants, confondus dans le peuple, obligés sou–
vent de recourir à des professions manuelles pour sup–
pléer à l'insuffisance de leur revenu, se virent relé–
gués dans les derniers rangs de l'ulèma, frappés d'une
sorte d'incapacité radicale et personnelle, lors même
qu'ils furent appelés à en faire partie, car les imams
inférieurs ne sont point comptés comme étant de ce
Fonds A.R.A.M