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pie, Guillaume de Normandie, faire précéder son ex–
pédition contre l'Angleterre d'une bulle d'Alexandre II
qui lui conférait l'investiture de sa future conquête.
Dans la suite, lorsque les souverains de l'islam se fu–
rent démis d'une partie de leurs attributions au profit
d'une classe dont ils ne soupçonnaient pas alors les
vues ambitieuses, ce fut le cheikh-ul-islam, délégué
spirituel du khalife, qui fut chargé de rendre l'ordon–
nance sacrée
(
fetva)
qui déclarait les actes émanés du
pouvoir politique conformes au Coran et obligatoires
pour tous les fidèles : privilège insignifiant dans l'ori–
gine, mais dans lequel l'ulèma ne tarda pas à entrevoir
le germe de sa future puissance. En effet, tant que des
princes guerriers furent à la tête de l'empire, le sultan
dictant les oracles du mufti, l'influence de celui-ci
était à peine sensible ; et jusqu'au temps de Mourad IV,
il ne paraît pas que le sacerdoce ait essayé de résister
au souverain. Mais à partir du règne de ce terrible jus–
ticier, qui, par un arrêt inouï dans l'histoire ottomane,
fit décapiter (quelques-uns disent piler dans un mor–
tier, la loi défendant de verser le sang d'un membre
de l'ulèma) un cheikh-ul-islam pour avoir osé contra–
rier ses volontés, les sultans commençant à dégénérer
de cet esprit militaire qui faisait toute leur force, les
choses changèrent de face. Ce qui n'avait été primiti–
vement qu'un ressort politique dans les mains du sou–
verain devint une loi fondamentale de l'Etat; l'ulèma
usa de son droit de remontrance pour faire une oppo–
sition systématique au gouvernement ( 1 ) , et l'on vit
des muftis, non-seulement refuser le fetva aux khat-
tis cherifs impériaux, mais s'attaquer même à la per–
sonne du souverain, et, retranchés derrière le respect
(
i)
Voy.
Pièces justificatives
V U .
Fonds A.R.A.M