- 78 —
partie la moins essentielle de leurs attributions, il
s
chargèrent les ulémas de remplir à leur place les fonc–
tions sacerdotales et judiciaires. A partir de ce mo–
ment, les ulémas, déjà tout-puissants sur l'esprit des
peuples, investis d'un droit dont ils ne tardèrent
pas à s'attribuer l'exercice, non plus par délégation
expresse du souverain, mais directement et en leur
nom propre (1), attentifs à tout ce qui pouvait accroître
leur influence ou étendre leurs privilèges, humbles et
soumis quand le pouvoir était fort, exigeants quand
il était faible, formèrent une corporation redoutable
dont le chef, armé du terrible
felva,
fit trembler plus
d'une fois les sultans au fond de leur serai.
L'origine de ce fetva, qui joue un si grand rôle dans
l'histoire ottomane, remonte aux premiers temps
du khalifat. Les successeurs de Mohammed étaient
dans l'usage, pour enchaîner l'obéissance de leurs su–
jets et assurer la prompte exécution de leurs desseins,
de donner la sanction de la religion aux principaux
actes de leur gouvernement en y apposant le sceau sa–
cré. Sous l'auspice de cet emblème révéré, les fidèles
Musulmans marchaient au combat pour soutenir l'hon–
neur de la foi ou s'assurer la palme du martyre
(2).
Quelque chose d'analogue se rencontre dans notre
moyen âge, où nous voyons les princes de l'Occident
prendre soin d'appuyer certaines de leurs entreprises
d'une déclaration préalable du saint-siége : par exem-
(1)
C'est au point que, aujourd'hui encore, les ulémas, voulant
éviter de reconnaître la suprématie du pouvoir temporel, termi–
nent tout
ylani,
ou rapport judiciaire, par cette formule à double
entente,
Vel-emr limen lehou el-emrundur
(
Ordonner appar–
tient à qui a le droit d'ordonner), par laquelle ils se réservent
d'expliquer qu'à Dieu seul appartient l'ordre (Voy. Bianehi,
Die
lionnaire).
(2)
Voy.
Pièces justificatives
VI.
Fonds A.R.A.M