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il reprend : « C'est à la disposition religieuse du cœur,
et non à l'attitude du corps, que s'attachent les regards
de celui qui lit dans les cœurs. » S'il prescrit les
ablutions, il se hâte d'ajouter : « Mais la plus impor–
tante des purifications est de nettoyer son cœur de
toutes les souillures. » Zoroastre disait : « Celui qui
ensemence un champ de blé acquiert un plus grand
fonds de mérite religieux que celui qui répéterait de
suite dix mille prières. »
L'importance des ulémas s'accrut encore à l'occasion
des cérémonies ordinaires qui consacrent le mariage
et les funérailles. Sans doute, ces cérémonies, cha–
que Musulman a la faculté de les remplir; mais, comme
tout ce qui tient au culte extérieur, elles exigent cer–
taines pratiques qui, n'étant pas d'ordinaire à la portée
des fidèles, nécessitèrent l'intervention des ulémas.
Cette intervention s'étendit bientôt des actes purement
religieux aux diverses relations de la vie civile, le
Code religieux et le Code judiciaire ne faisant qu'un,
et ils commencèrent, dès lors, à entrevoir quel rôle
ils pouvaient jouer dans l'Etat. Toutefois, cette inva–
sion des ulémas au sein de la société civile ne consti–
tuait pas encore un fait constant, régulier, légitime,
lorsque l'imprévoyance des khalifes lui donna le ca–
ractère légal qui lui manquait, et mit aux mains de
leurs adversaires l'arme qui devait se retourner con–
tre eux. Les khalifes, à l'origine, comme les grands
prêtres sous la théocratie des Juifs, remplissaient les
fonctions de pontifes, de législateurs et déjuges, c'est-
à-dire qu'ils rendaient eux-mêmes la justice, récitaient
la prière publique du vendredi, et veillaient à la stricte
exécution de la loi, dont ils étaient les dépositaires.
Plus tard, lorsque le khalifat aspira à dominer le
monde, l'administration des affaires temporelles, les
soins à donner à leur empire prirent tous leurs in–
stants, et, négligeant ce qu'ils regardaient comme la
Fonds A.R.A.M