DIVERS DEGRÉS ET DE LA HIÉRARCHIE DE 1,'ULÈMA.
L'ulèma, recruté en général dans les classes pau–
vres, exige un noviciat, plutôt long que pénible, dont
les lenteurs rebuteraient des esprits moins indolents et
moins résignés que ne le sont communément ceux des
osmanlis. Mais celui qui veut parcourir les divers de–
grés de la hiérarchie sait d'avance qu'il doit s'armer
de courage, et surtout de patience : car ce n'est guère
que vers le milieu de sa carrière que, parvenu au
grade de muderris, i l verra briller devant l u i , mais en–
core à distance, le but proposé à son ambition. Et que
de temps, sinon de labeurs, pour arriver jusque-là! I l
a dû d'abord, au sortir du
mektèbj
sorte d'école pri–
maire où les enfants pauvres de chaque quartier reçoi–
vent l'instruction élémentaire gratuite jusqu'à l'âge
de onze à douze ans, entrer dans un des
medressès
an–
nexés aux grandes mosquées, et qui sont comme les
séminaires de l'islam. Derrière le medressè s'élève un
vaste bâtiment
(
tetimnè)
(1)
composé de petites cellu–
les ouvertes au soleil, sans autres meubles qu'une
natte et un divan de paille. C'est là qu'il a passé les
dix ou douze années de son adolescence et de sa pre–
mière jeunesse, suivant, en qualité de
softa
(2),
les
(1)
Mohammed II en fondant la mosquée qui porte son nom,
y
établit huit medressès. Chaque medressè renfermait huit
telimnès,
dans chacun desquels logeaient trois étudiants. II y avait ainsi
192
softas qui .recevaient huit aspres par mois pour leurs menus
plaisirs ; et tous les jours pour leur nourriture du riz et de la
viande bouillie. (Voy. Hammer,
Hist. de l'Emp. ott.,
t. I I I ,
p. 436.)
(2)
Sofia,
ou plutôt
soukktè
,
les
brûlés
(
de l'amour des
sciences) : nom donné aux étudiants des medressès. Dans le
royaume de Maroc, ils s'appellent
thalibs
(
ceux qui demandent
la science), et, en Perse,
danischmend*
(
doués de science).
Fonds A.R.A.M