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RAPPORT DU D
r
LEPSIUS
d'autres bâtiments. Pendant tout ce temps, ils n'avaient
rien bu ni rien mangé. Tout leur argent et la plus grande
partie de leurs vêtements leur avaient été enlevés. Le
mercredi de bonne heure, ils furent conduits dans une
vallée éloignée de quelques minutes. Là, on leur or–
donna de s'asseoir tous. Alors les gendarmes commen–
cèrent à tirer sur eux, jusqu'à ce qu'ils fussent presque
tous morts. Quelques-uns parmi eux, qui n'avaient pas
été tués par les balles, furent achevés à coups de cou–
teaux et de baïonnettes. Quelques-uns réussirent à
rompre la corde qui les rattachaient à leurs compagnons
de souffrances et à s'enfuir. Mais la plupart d'entre eux
furent poursuivis et tués. Le nombre de ceux qui
purent échapper ne dépasse sûrement pas deux ou trois.
Parmi les tués se trouvait l'économe du collège amé–
ricain. I l y avait aussi parmi eux d'autres personnes de
qualité.
Jamais aucune accusation d'aucune sorte ne
fut élevée contré ces gens. Ils furent arrêtés et tués
pour la seule raison que le plan général du gouver–
nement était de se débarrasser de la race armé–
nienne.
Hier soir, on conduisit dans une autre direction plu–
sieurs centaines d'autres hommes, soit ceux qui avaient
été arrêtés par les autorités civiles, soit ceux qui
furent recrutés comme soldats ; tous furent tués de la
même façon. Ceci doit être arrivé à un endroit situé à
moins de deux heures de distance de la ville. Quand i l
y aura un peu plus de calme, j'irai moi-même à cheval,
pour essayer d'établir ce qui en est.
Ces mêmes événements eurent lieu dans nos villages,
d'une façon systématique. I l y a deux semaines envi–
ron, 300 hommes de Itschnek et Habousi, deux villages
à
4
ou 5 heures de distance d'ici, furent rassemblés,
Fonds A.R.A.M