LES FAITS
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conduits ensuite sur les montagnes et massacrés. Ce
fait semble absolument certain, Beaucoup de femmes
de ces villages sont, depuis lors, venues ici et l'ont
raconté. Des bruits semblables arrivés d'ailleurs cir–
culent ici.
Il semble qu'on ait le plan définitif de se
défaire de tous les Arméniens.
Cependant après le dé–
part des familles, durant les deux premiers jours où
l'ordre fut exécuté, on notifia que les femmes et les en–
fants qui n'avaient aucun homme dans leur famille pou–
vaient provisoirement rester. Plusieurs crurent alors
que le pire malheur était passé. Les missionnaires amé–
ricains se mirent à faire des projets pour venir au se–
cours des femmes et des enfants restés sans moyens de
subsistance. On pensait à fonder un orphelinat pour
prendre soin d'un certain nombre d'enfants, surtout de
ceux qui étaient nés en Amérique et avaient été amenés
ensuite ici par leurs parents, et de ceux dont les parents
étaient attachés d'une façon quelconque
à
la mission
américaine. I l y aurait eu de nombreuses occasions,
même en ne disposant pas de moyens suffisants, de
prendre soin des enfants qui arrivaient ici des autres
vilayets, et dont les parents étaient morts en route.
J'allai voir hier le vali, pour en causer avec lui, et
j'essuyai un refus net. I l me dit : « Nous pourrions ai–
der ces gens, si nous voulions, mais ériger des orphe–
linats pour les enfants, c'est l'affaire du gouvernement ;
et nous ne pouvons entreprendre une telle œuvre ».
Un heure après que j'eus quitté le vali, on fit savoir
que tous les Arméniens restants, y compris les femmes
et les enfants, devaient partir le 13 juillet.
Le consul termine son rapport par cette observa–
tion : « Une œuvre de secours sera probablement inu-;
tile, puisque tous les hommes survivants seront tués et
Fonds A.R.A.M