LES FAITS
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RAPPORT DU CONSUL AMÉRICAIN
Kharpout, le 11 juillet 1915.
Le premier transport eut lieu dans la nuit du 28 juin.
Dans ce groupe se trouvaient quelques professeurs du
collège américain et d'autres Arméniens de condition,
comme aussi le prélat de l'Eglise arménienne grégo–
rienne. Le bruit courut que tous avaient été tués, et l'on
peut malheureusement à peine douter qu'il n'en soit
ainsi. Tous les soldats arméniens furent aussi déportés
de la même façon. Une fois arrêtés, ils étaient enfermés
dans un bâtiment à l'extrémité de la ville. On ne fit
aucune distinction entre ceux qui avaient payé la taxe
légale d'exonération et ceux qui ne l'avaient pas payée.
On prenait l'argent et on les arrêtait ensuite comme les
autres pour les exiler avec eux. On disait qu'ils devaient
être amenés quelque part pour travailler aux routes,
mais personne n'a plus eu aucune nouvelle d'eux, et
sans doute le travail n'a été qu'un prétexte.
Comme un rapport de même source sûre nous in–
forme au sujet d'un événement semblable qui eut lieu le
mercredi 7 juillet, leur sort est bien décidé d'avance,
Le lundi 5 juillet, beaucoup d'hommes furent arrêtés
aussi bien à Kharpout qu'à Mézéreh (f) et jetés en pri–
son. Le mardi, au point du jour, ils en furent retirés et
durent se mettre en marche dans la direction d'une mon–
tagne presque inhabitée. Ils étaient environ 800, divisés
en groupes de gens liés ensemble, par groupes de qua–
torze, Dans l'après-midi, ils arrivèrent dans un petit vil–
lage kurde, où ils passèrent la nuit dans les mosquées et
(1)
Mézéreh est la basse ville de Kharpout,
Fonds A.R.A.M