112
RAPPORT DU D
r
LEPSIUS
les maîtres de « l'Aiguestan ». Les forces dont dispo–
sait le gouvernement ne dépassaient pas 6.000 hommes,
et la moitié seulement était composée de troupes ré–
gulières. Le gouvernement tenta tous les moyens
pour amener les Arméniens à se rendre. Jusqu'à la
dernière heure ils ignoraient tout d'une occupation
éventuelle du pays par les Russes.
Le siège avait duré juste 30 jours. Du côté arménien,
i l n'y eut, en tout, pas plus de 18 tués, mais les blessés
furent nombreux ; les pertes des Turcs ont dù être plus
considérables. Parmi les quartiers arméniens, Glortach
et Sourd-Hagop furent brûlés, de même que plusieurs
quartiers turcs. Mais les habitants turcs s'en étaient
enfuis vers Bitlis. Dix jours après l'entrée de l'avant-
garde russe à Van, le général Nicolaïeff vint en ville
avec le gros de l'armée. Aram vint le saluer et dit dans
son allocution : «
Lorsqu'il y
a
un mois, nous prîmes
les armes, nous ne comptions pas sur l'arrivée des
Russes. Notre situation était alors désespérée. Nous
n'avions qu'un choix a faire : ou nous rendre et nous
laisser égorger comme des moutons ou mourir en
combattant les armes
à
la main. Nous préférâmes ce
dernier parti. Mais nous avons reçu de vous un se–
cours inattendu et maintenant c'est
à
vous qu'à côté
de la vaillante défense des nôtres, nous devons notre
salut! »
I l est important d'établir que
les Arméniens,
comme
s'accordent à l'attester les Missionnaires américains et
le récit de l'arrivée des Russes,
n'étaient
aucunement
en relations avec les Russes et les corps de volontaires
arméniens, et n'étaient même pas en état, pendant le
siège, de se mettre en rapport avec eux. La prétendue
«
révolte de Van » fut un acte de légitime défense et
Fonds A.R.A.M