LES FAITS
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la fit épargner ( 1), On y annonçait que les Turcs avaient
quitté la ville. Les casernes de la citadelle et celles d'en
bas renfermaient de si faibles gardes qu'elles furent
facilement réduites. On brûla alors les casernes. On
fit de même de tous les « Dirks » (ou retranchements)
turcs, qui furent recherchés dans ce but. La grande ca–
serne lança sa garnison dehors : c'était une troupe nom–
breuse de cavaliers qui s'en allèrent en franchissant la
colline. Après minuit, cette caserne fut également brû–
lée. On y trouva de grandes provisions de froment et de
munitions. Tout cela rappelait le chapitre 7 du 2
e
Livre
des Rois (siège de Samarie).
Toute la ville était en veillée : on chanta et l'on fit
des réjouissances toute la nuit. Le chemin de la ville
fortifiée, comme aussi de l'hôpital turc, était ouvert.
Mais alors nous dûmes mettre une première sourdine
à notre joie : Miss Me Claren et Sœur Martha n'étaient
pas là. Elles avaient été depuis quatre jours envoyées
à Bitlis avec les soldats blessés. Une lettre de Djevded
bey à M. Sporri disait qu'elles soignaient les blessés de
leur plein gré, mais qu'on ne leur avait pas permis de
communiquer avec nous. J'appris d'une autre source
que Djevded ne leur avait pas permis de nous visiter ;
i l disait que les Arméniens avaient été anéantis et qu'il
n'était pas prudent ni sûr d'aller nous voir. Nous étions
très inquiets à leur sujet (2), On avait laissé dans l'hô-
(1)
Djevded bey
est le fils et le successeur de l'excellent
vali Tahir pacha qui, durant 16 ans, avait vécu à Van, comme
gouverneur du vilayet, en très bons termes avec les Armé–
niens, et s'était montré toujours également juste envers les
Mahométans et les chrétiens.
(-2)
La nouvelle nous parvint depuis lors que sœur Martha
Kleiss était morte du typhus à Bitlis, le 30 juillet,
LEPSIUS
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Fonds A.R.A.M