LES FAITS
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munitions devenaient aussi rares. La perspective pa–
raissait très sombre. Djevded pouvait encore faire
venir beaucoup d'hommes et de munitions des autres
villes voisines, S'il n'arrivait point de secours d'ail–
leurs, i l n'était pas possible de tenir plus longtemps
la ville ; et l'espoir d'un tel secours paraissait très
faible. Nous n'avions aucun rapport avec le monde
extérieur. Un télégramme, que nous voulions envoyer
à notre ambassadeur, ne put sortir de la ville. Los
Daschnakzagans envoyèrent des appels au secours
aux volontaires arméniens de la frontière, mais aucun
'
des messagers ne revint et nous apprîmes plus tard
qu'aucun n'avait atteint sa destination. Nous savions
qu'à la dernière extrémité, notre propriété serait le
dernier espoir des gens assiégés dans le quartier des
«
Jardins ». On ne pouvait guère espérer que Djev–
ded, enragé de la longue résistance qu'il avait rencon–
trée, épargnât la vie d'un seul de ces hommes, femmes
et enfants. On aurait peut-être assuré la vie sauve aux
Américains, s'ils avaient quitté leur propriété, mais
cela nous ne voulions naturellement pas le faire, Nous
.
voulions partager le sort de nos gens. Et i l est pos–
sible que le vali ne nous aurait pas offert toute sécu–
rité, parce qu'il semblait croire que nous soutenions
les « rebelles ».
Les samedi et dimanche 15 et 16 mai on vit plu–
sieurs barques quitter Avantz, port de Van. Elles con–
tenaient les familles des Turcs et des Kurdes ; on avait
défendu aux hommes de s'éloigner. Nous nous réu–
nîmes tous sur les toits et, en regardant avec nos ju–
melles, nous fûmes saisis d'étonnement. Chez les Turcs,
régnait visiblement une panique. Déjà, au début do
l'année, une panique avait éclaté chez eux, lorsque
Fonds A.R.A.M