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RAPPORT DU D
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LEPSIUS
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Usher étaient retenues dans le port d'Alexandrette.
Deux semaines après le commencement du siège, un
fuyard vint d'Ardjesch pour informer la population de
Van du sort de cette ville, la seconde du vilayet. Ard-
jesch est située dans la plaine fertile qui forme la rive
septentrionale du prolongement nord-est du lac de Van,
qui là est appelé le lac d'Ardjesch. La vieille ville, ré–
sidence des rois arméniens et du Seljouk Togroul bey,
a été submergée par le lac, i l y a 70 ans, et le nom en
est passé à la nouvelle ville (Agantz). La plaine d'Ard–
jesch est célèbre par sa fertilité ; on y cultive des me–
lons. Le caïmacan d'Ardjesch avait mandé les hommes
de tous les corps de métier. Comme i l s'était montré
toujours aimable avec eux, ils se fièrent à lui. Lors–
qu'ils furent tous rassemblés, i l les fit tuer par les sol–
dats. Autant que nous pouvons le savoir, un seul homme
put s'échapper, en se tenant caché toute une nuit sous
un monceau de cadavres. Beaucoup de réfugiés avaient
fait halte tout près de la ville, dans le petit village de
Chouchanty, sur une montagne d'où le regard s'étend
sur la ville. Aram leur ordonna d'y rester. Le 8 mai, le
village était en flammes, et en flammes aussi le cloître
voisin de Warak avec ses vieux manuscrits, dont la
perte est irréparable. Les réfugiés vinrent alors en
ville. Le vali Djevded parut changer de tactique. I l
laissa des centaines de femmes et d'enfants entrer en
ville afin qu'ils y augmentent par leur nombre la famine,
En raison de la mobilisation pendant l'automne précé–
dent, les provisions de froment étaient déjà, dès le dé–
but, très réduites et maintenant que 10.000 réfugiés
recevaient une ration journalière — bien que si petite,
qu'elle suffisait à peine à les conserver en vie — elles
diminuaient rapidement et touchaient à leur fin. Les
Fonds A.R.A.M