LES FAITS
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lettre de l'agent consulaire Sbordone, disant que
Djevded ne pouvait s'attendre à ce que les Arméniens
se rendissent maintenant, puisque les procédés envers
eux revêtaient le caractère d'un massacre.
Pendant la durée du siège, les soldats turcs et leurs
compagnons, les sauvages kurdes, se démenaient ter–
riblement dans tous les environs. Ils massacraient
hommes, femmes et enfants, et brûlaient leurs foyers.
De petits enfants furent tués dans les bras de leurs
mères ; d'autres estropiés horriblement ; des femmes
furent dépouillées de leurs vêtements et tuées. Les v i l –
lages n'étaient pas préparés à une attaque ; quelques-
uns se défendirent jusqu'à épuisement de leurs mu–
nitions. Le dimanche 25 avril, le premier groupe de
réfugiés arrivèrent en ville avec leurs blessés. Notre
hôpital, qui a 50 lits en temps normal, dut faire place
pour 142 malades. On emprunta les effets nécessaires
pour placer des couchettes sur les planchers ; ceux qui
étaient légèrement blessés furent pansés tous les jours.
4000
personnes s'étaient retirées des « Jardins » avec
tous leurs biens, et remplissaient notre église, les bâti–
ments scolaires, comme aussi tous les endroits dispo–
nibles de la Mission. Une femme disait à M. Silliman :
«
Qu'aurions-nous fait si les missionnaires n'étaient
pas là ? C'est à présent le troisième massacre durant
lequel je trouve ici un refuge. » Une grande partie de
ces gens devaient être nourris, car ils étaient si pauvres
qu'ils achetaient autrefois tous les jours leur pain chez
le boulanger, et maintenant i l fallait s'en passer (Les
Arméniens, le plus souvent, cuisent eux-mêmes leur
pain et prennent soin d'avoir les provisions de fro–
ment nécessaires pour toute l'année). Loger cette mul–
titude, prendre soin de leur santé, de leur nourriture
Fonds A.R.A.M