LES FAITS
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duisit un jour par les rues cinq prêtres tout nus et en–
duits de goudron.
Le caïmacan de Lidjeh avait refusé d'exécuter l'ordre
verbal du vali, apporté par un messager, de massacrer
les Arméniens, en ajoutant qu'il désirait avoir un ordre
écrit. I l fut destitué, rappelé à Diarbékir, et, en che–
min, tué par les hommes qui l'accompagnaient.
A Mardin aussi, le mutessarif fut déposé parce qu'il
ne voulut pas agir contre les Arméniens, comme le
voulait le vali. Après son départ, d'abord 500, puis 300
notables arméniens et syriens furent mis en route vers
Diarbékir. Les premiers 500 n'y arrivèrent jamais ; et
on n'a jamais eu de nouvelles des 300 autres.
6.
Vilayet de Van .
Le vilayet de Van comptait, sur une population de
542.000
habitants, 290.200 chrétiens, dont 192.000 Ar–
méniens et 98.000 Syriens. I l y a de plus 5.000 Juifs.
La minorité de 247.000 Mahométans se compose de
210 000
Kurdes, 30.500 Turcs et 500 Tcherkesses. Les
Yézidis (les prétendus adorateurs du diable) sont 5.400
et les Tziganes 600.
Dans le vilayet de Van, les choses allèrent, jusqu'au
mois d'avril, de la même façon que dans les autres v i –
layets. Les pillages et les massacres y prirent seule–
ment de plus grandes proportions. Dès la mobilisation
de l'armée turque, au début de la guerre européenne,
les troupes hamidiehs (cavalerie irrégulière kurde, or–
ganisée par le sultan Abd-ul-Hamid avec des kurdes
nomades et pillards), dissoutes depuis la proclamation
de la Constitution, furent armées de nouveau. De fameux
brigands kurdes furent accueillis dans l'armée avec
Fonds A.R.A.M