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LA TURQUIE ET LE TANZIMAT.
admise et d'autre part la validité du témoignage des chré–
tiens même contre des musulmans. Cette dernière disposition
abolissait une loi qui avait régi pendant des siècles les rap–
ports de la classe mahométane avec les chrétiens tant indi–
gènes qu'étrangers, et l'on ne s'étonnera pas qu'elle n'ait
point prévalu partout en dehors des provinces voisines dont
le pouvoir central était plus à même de contrôler la gestion.
Le Sultan lui-même qui prenait une part plus directe au
gouvernement, voulut concourir personnellement à la tâche
civilisatrice de ses ministres; i l eût une inspiration qui ho–
nore son règne, tout en justifiant l'opinion que l'on se fai–
sait alors de sa nature bonne et élevée. Le Conseil était en
séance et traitait une question d'impôts, lorsque Abdul-
Medjid vint inopinément interrompre ses délibérations. 11
annonça qu'il supprimait le marché des esclaves noirs et
que l'on ne rétablirait sous aucune autre forme les revenus
afférents à l'État sur les opérations d'un établissement
dont le spectacle dégradant excitait bien plus la répugnance
que la curiosité des étrangers.
Un acte de tolérance religieuse suivit de près cette me–
sure libérale. En 1834, à l'instigation du patriarche grec
que patronait dans cette circonstance le cabinet de Saint-
Pétersbourg, la Porte avait émis un firman qui interdisait
le passage d'une communion dans une autre et mettait fin
au prosélytisme catholique toujours en progrès. Sur les in–
cessantes réclamations de la France et de l'Angleterre asso–
ciées depuis cette époque dans une sorte de croisade pour
le triomphe de la liberté de conscience, le gouvernement
turc consentit à céder dans une question qui, d'ailleurs, à
son point de vue, n'intéressait pas la religion nationale.
Le firman de 1834, fut purement et simplement rapporté.
Fonds A.R.A.M