66
Le Procès de Tehlirian
Le président:
Que pensiez-vous donc de votre acte?
L'accusé:
J'éprouvai un profond soulagement.
Le président:
Et aujourd'hui?
L'accusé:
Aujourd'hui encore, je suis très satisfait de mon acte.
Le président:
Vous savez quand même que personne n'a le droit d'être son
propre justicier, même s'il a été outragé cruellement?
L'accusé:
Je ne le sais pas, ma mère m'a ordonné de tuer Talaat Pacha parce
qu'il porte la responsabilité du massacre; mon âme était si boulever–
sée que je ne savais plus que je n'avais pas le droit de tuer un homme.
Le président:
Mais vous savez que nos lois défendent le meurtre, elles défen–
dent de tuer un homme.
L'accusé:
Je ne connais pas cette loi.
Le président:
La tradition des vengeances sanglantes existe-t-elle chez les
Arméniens ?
L'accusé:
Non.
Le défenseur Niemeyer:
Vous avez dit quelque chose quand la foule vous a
frappé jusqu'au sang. Vous rappelez-vous ce que vous avez dit alors,
pour vous défendre contre ces gens ?
Le président:
I l a présenté la chose comme s'il ne s'était pas enfui; il a dit
avoir vu couler le sang, avoir senti les gens le frapper. — Savez-vous
maintenant si quelqu'un vous a interrogé ou si vous avez dit quelque
chose pour vous justifier quand on a commencé à vous frapper?
L'accusé:
J'ai dit que j'étais un étranger et que celui que j'avais tué était aussi
un étranger, les Allemands n'avaient pas à intervenir.
Le président:
Il paraît que vous avez dit que vous saviez ce que vous aviez fait,
que ce n'était pas un grand malheur pour l'Allemagne.
L'accusé (répète ce qu'il avait dit).
Le défenseur Niemeyer :
Savez-vous que ceci est condamné en Allemagne? Je
voudrais une explication à ce sujet.
Le président:
C'est déjà expliqué. — L'accusé est resté incarcéré jusqu'à
maintenant. Ses déclarations d'aujourd'hui ne sont pas contradictoi–
res avec les précédentes.
Le défenseur von Gordon:
A quel étage habitiez-vous au 37 de la Hardenberg-
strasse? En face habitait Talaat Pacha, au 4 de la Hardenberg-
strasse. Quand on vient de la Knie c'est la maison derrière la Schiller-
strasse et avant la Knesebeckstrasse.
Fonds A.R.A.M