L ' A RMÉ N I E SOUS L ' HÉGÉMON I E S A S S AN I DE
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ghorèn, c'était le prince Vasak de Siounie qui, avec l'évêque
siounien Anania, avait procuré à Mesrop l'excellent collabora–
teur que fut, pour la création de l'alphabet albanien, le lettré
Benjamin. Avant de quitter l'Aghouanie, Mesrop y laissa pour
continuer son œuvre, un de ses élèves nommé Jonathan, avec
quelques prêtres arméniens
1
.
Ainsi l'influence civilisatrice de
l'Arménie se faisait sentir vers le nord-est, dans cette Albanie
ou Aghouanie, jusque-là barbare, en employant ici comme
intermédiaire la Siounie, pays de substrat en partie aZouan,
désormais arménisé
2
.
Le christianisme, véhicule de la culture hellénique en Arménie
Meillet — auquel i l faut toujours revenir en matière d'armé-
nologie — fait remarquer que c'est avec le christianisme que
la culture hellénique pénétra pour la première fois profondément
en Arménie. Jusque-là, comme on l'a vu, la culture de l'aristo–
cratie arménienne était empruntée à l'Iran parthe, et si cette
culture avait eu l'occasion de pratiquer des emprunts au monde
hellénique d'une part, au monde araméen de l'autre, ces emprunts
avaient été faits par l'intermédiaire du pehlvi, parce que la cour de
Ctésiphon « hellénisait » par mode ou par goût et que les bureaux
parthes employaient des scribes araméens. Ce fut le christia–
nisme qui introduisit d'un seul coup en Arménie tout le trésor
de la culture hellénique et hellénistique, de même que, vers la
même époque, le bouddhisme introduisait en Chine tout le trésor
des littératures indiennes.
De plus, on va le voir, l'introduction du christianisme allait
être bientôt suivie de la chute de la dynastie arsacide d'Arménie,
et cette disparition allait achever de supprimer le contact entre
l'aristocratie « parthisante » d'Arménie et l'Iran. La création de
la langue arménienne littéraire par la grande équipe de traduc–
teurs que nous venons de mentionner assura le triomphe de cette
réaction nationale contre les éléments iraniens, triomphe d'au–
tant plus grand que la littérature arménienne chrétienne d'inspi–
ration hellénique n'eut à refouler aucune culture savante ou reli–
gieuse nationale. Tout au contraire, ce fut la littérature chrétienne
créée par le génie de Mesrop Machtots qui donna dans l'histoire,
pour la première fois, à la culture arménienne son caractère
national
3
. «
Ce n'est que depuis la création de l'alphabet armé-
langues, d'histoire et de culture matérielle,
t. 4, 1, p. 1-68, Tiflis (enrusse, avec
résumé en français).
MOÏSE, I I I , 54, p. 1 6 2 .
j -
Çf. BROSSET,
Histoire de la Siounie,
I I , p. 16-17.
1
H9n
I L L E T
>
L'influence parthe sur la langue arménienne,
R. E. A.,
t. 1, 1,
Fonds A.R.A.M