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L ' A RM É N I E SOUS L ' H É G ÉMO N I E
S A S S AN I DE
telle création, l'heure historique ne pouvait être mieux choi^
C'était en effet, comme nous le verrons, le moment où la roya^
arménienne, ébranlée par l'insubordination des féodaux $
menacée par les Perses, allait disparaître sous les coups de ^
derniers, le moment où l'Arménie, définitivement annexée i
l'empire sassanide, allait perdre pour de longs siècles son indé.
pendance politique. Non contents de cette annexion territoriale
les Perses allaient s'efforcer de dénationaliser le pays en travail
lant à son iranisation culturelle et à sa mazdéisation religieuse
Si, en ces heures tragiques, la nation arménienne put résister
i
elle parvint à maintenir malgré tout son individualité culturelle
et sa foi religieuse, ce fut parce que cette foi et cette individualité
venaknt d'être rendues indestructibles grâce à l'œuvre géniale des
Sahak et des Mesrop. Jamais en effet génies littéraires n'auront
fait davantage pour leur nation, et cela en pleine conscience de
la portée de leur acte. A l'heure, disons-nous, où l'Arménii
allait perdre pour un temps son indépendance politique, ils ont
définitivement assuré son indépendance spirituelle, condition
et gage de toutes les résurrections. En créant la langue arménienne
littéraire, ils ont égalé d'un seul coup leur patrie aux peuples
de vieille culture qui cherchaient à profiter d'une antériorité
culturelle pour assimiler le pay . Ils ont rendu cette assimilation
impossible. Ils ont donné à l'Arménie la conscience définitive de
sa personnalité historique et morale. Ils ont assuré, à travers
toutes les vicissitudes politiques, sa survie et son immortalité.
Une tradition, rapportée par Korioun, reprise par Moïse de
Khorèn et dont, pense Georges Dumézil, i l n'y à aucune raison
de douter
l
,
veut que Mesrop Machtots, après avoir inventé
l'alphabet arménien, ait aussi inventé un autre alphabet à
l'usage des Albaniens, A/ouanq ou Aghouans. « I l trouva un
Albanien du nom de Benjamin, l'interrogea, étudia les vocables
barbares de la langue albanienne, fit ensuite des caractères avec
l'habileté coutumière qui lui était donnée d'en haut et réussit à
les met'.re en ordre et en équilibre
2
. »
Cet alphabet albanien,
depuis longtemps perdu, a été retrouvé en 1937 dans un manus–
crit d'Etchmiadzin par l'arménisant géorgien Ilia V. Abouladzé
et publié en 1938 à Tiflis par M . Chanidzé
3
.
D'après Moïse de
ses rapports avec Eznik,
dans
Revue de l'Orient Chrétien,
t.
5,
(
X X V ) n°
s
3-1
1925-1926,
p. 309-377. Quant à Korioun, i l avait visité Constantinople,
Jérusalem et Alexandrie. A u retour de ses voyages, i l fut sacré évêque de
la Gogarène (Gougarq). Sur les trois sources réunies sous le nom de KORIOCS
(
Korioun I , I I et I I I ) , voir P . PEETERS,
Pour l'histoire de l'alphabet armi–
nien. Revue des Éludes Arméniennes,
I X , 1, 1929, p. 205-208.
1.
D U M É Z I L ,
Une chrétienté disparue, les Albaniens du Caucase, Journal
Asiatique
(
Mélanges Asiatiques), 1940-1941, I , p. 125.
2.
K O R I O U N , p. 10. MOÏSE D E K H O R È N , I I I , 54. Cf. D U M É Z I L ,
Une chrétien!!
disparue,
p. 125.
3.
C H A N I D Z É ,
L'alphabet
des Albaniens
du Caucase récemment décousen
et son importance pour la science,
dans le
Bulletin
de l'Institut
Marr M
Fonds A.R.A.M