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L ' A RM É N I E SOUS L ' H É G ÉMO N I E S A S S AN I DE
que la notation vocalique constitue proprement ce qui distingue
l'alphabet arménien des alphabets sémitiques
1
.
Selon AsoZik,
a
contraire, l'alphabet de Daniel comprenait 29 lettres et Mesrop
l'aurait simplement complété par 7 voyelles, mais, selon l
a
remarque de V. Langlois, « bien que ces chiffres soient différents
en apparence, i l est facile de voir qu'au fond le nombre des lettres
est le même chez les deux auteurs, car Aso/ik a compris dans le
nombre qu'il donne les 7 voyelles introduites plus tard par
Mesrop dans l'alphabet national »
2
.
En résumé, comme l'écrit le P. Peeters, « le fond du système
arménien est proprement alphabétique et grec. C'est du grec
complété, comme le système gotique ou le système slave. De
même que le système gotique est grec avec adjonction de carac–
tères latins et de caractères runiques, le système arménien est
grec avec adjonction de caractères non-grecs (sémitiques) »
3
.
L'œuvre de Mesrop atteignit pleinement le but qu'elle se
proposait. « Le système de l'alphabet arménien, écrit Meillet, est
un chef-d'œuvre. Chacun des phonèmes du phonétisme arménien
est "noté par un signe propre, et le système est si bien établi
qu'il a fourni à la nation arménienne une expression définitive du
phonétisme, expression qui s'est maintenue jusqu'à présent sans
subir aucun changement, sans avoir besoin d'obtenir aucune
amélioration, car elle était parfaite dès le début
4
. »
Aussitôt en possession d'un alphabet adéquat, Mesrop, saint
Sahak et leurs disciples entreprirent le grand travail de la tra–
duction de la Bible en langue arménienne. Pour se procurer à
cet effet des originaux grecs complets, Sahak envoya Mesrop
accompagné de Dinth, évêque de Derxène (Terdjan), à Cons-
tantinople, à la cour de l'empereur Théodose I I (v. 422)
5
.
Puis
entre 431 et 435 Sahak et Mesrop déléguèrent deux de leurs dis–
ciples, Eznik de KoZb et Hovsep de Pa/in (Baghin) à Edesse
«
pour qu'ils traduisissent de nouveau en arménien les Saintes
Écritures sur le texte syriaque ». Eznik et Hovsep passèrent
ensuite en territoire byzantin où « ils s'instruisirent et devinrent
1.
V A R D A N L E G R A N D , ap. LANGLOIS,
Collection des historiens anciens et
modernes de l'Arménie, t.
2,
p. 6-7.
2.
V . LANGLOIS, /.
c,
p. 7.
3.
PEETERS,
Pour l'histoire de l'alphabet arménien,
R. E. A.,
t.
9,
1929.
p. 219.
4.
A . M E I L L E T , dans
Célébration...
du XV
e
centenaire de la traduction
arménienne
de la Bible
(1938),
p. 18. Aussi (et à propos de MARQUART,
Uetti
den Ursprung des armenischen Alphabets in Verbindung mit der Biograpm
des heil. Maschthotz,
Vienne 1917), M E I L L E T , dans la
Revue des Études Armé–
niennes,
t.
1,
1, 1920,
p. 163, avec" discrimination de l'origine soit grecque, soit
araméenne, de plusieurs des caractères arméniens. Confrontation des alpha–
bets arméniens, géorgiens et iraniens anciens dans H . J . JUNKER, *
Awestaalphabel
und der Ursprung der armenischen Schrift,
dans
Caucasien,
2,
p. 1-92 et 3, p. 82-139, Leipzig,
Asia Major,
1925-1926
et c. r. de MEIIAÏ
1
*
R. E. A.,
t . 7, 2, 1927, p. 305.
5.
Pour la date, cf. PEETERS,
Origines de l'alphabet,
p. 212.
Fonds A.R.A.M