L ' A RM É N I E
sous
L ' HÉGÉMON I E S A S S AN I DE
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ceptible de rendre fidèlement les phonèmes de sa langue nationale.
La biographie de Mesrop nous apprend que non seulement
Mesrop lui-même, mais aussi le patriarche saint Sahak et jus–
qu'au roi Vram-Chapouh étaient préoccupés de la question
1
.
pjes essais venaient d'ailleurs d'être tentés. Un évêque syriaque
nommé Daniel, qui vivait en Mésopotamie, avait cru réaliser,
par la combinaison, semble-t-il, d'autres alphabets, le système
de caractères demandés, avec, évidemment, prépondérance,
étant donné la région, des éléments araméens. Ce fut à son
école que se mi t d'abord Mesrop. Le P. Peeters fait remarquer à
ce propos que « dans la province du Tarôn, dont Machtots était
originaire, l'influence syrienne avait toujours été prépondérante
depuis les premiers temps de la prédication chrétienne en Armé–
nie »
2
.
Mesrop se rendit auprès de Daniel, mais dut reconnaître
que les lettres proposées « étaient insuffisantes pour épeler
exactement les syllabes de la langue arménienne »
3
.
Mesrop se
rendit aussi à Edesse, la grande métropole syriaque, auprès de
l'évêque Rabboula
4
,
mais i l ne fut pas plus satisfait des recherches
faites dans cette ville par un certain Platon et à Samosate par un
religieux nommé Rufin (Hrophanos), renommé, du reste, « dans
l'art de la calligraphie grecque ». De retour en Arménie après ce
premier voyage d'enquête, Mesrop, aidé par Rufin, composa un
alphabet de 36 lettres auxquelles la postérité n ' eu t ' qu ' à ajouter,
vers la fin du x n
e
siècle, deux lettres supplémentaires pour que
fût définitivement réalisé l'alphabet arménien classique. Mesrop
avait utilisé à cet effet les recherches antérieures de l'évêque
syriaque Daniel en empruntant d'autres éléments à l'alphabet
grec. Ce fut ainsi qu'il adopta la méthode grecque pour la for–
mation des syllabes ainsi que pour le sens de l'écriture qui va,
en arménien comme en grec, de gauche à droite, contrairement
à la direction du syriaque et des autres écritures sémitiques.
Enfin ce fut à l'exemple du grec qu'il créa la graphie des voyelles
qui, on le sait, manquent aux écritures sémitiques. Quant aux
modalités de ces emprunts, le détail en est encore discuté. Pour
Vardan le Grand, auteur du x m
e
siècle, l'alphabet de Daniel se
composait de 22 caractères ; Mesrop en aurait adopté 17 aux–
quels i l aurait ajouté 12 consonnes et 7 signes vocaliques, ou,
si l'on préfère (suivant les classifications grammaticales), 13
consonnes et 6 voyelles, les voyelles étant, selon les termes de
Vardan, « comme l'âme des autres signes » — entendez par là
1-
K O M O U N , p. 10. L A Z A R E , I X . Cf. PEETERS, /. c, p. 206.
2.
PEETERS, /. c, p. 207.
3.
LAZARE, I X - X .
4.
Rabboula et non Babylas. Ce prélat avait été élevé au siège d'Edesse
après 412 ou plutôt après 414, ce qui nous fournit un indice chronologique,
j - PEETERS,
l. c,
p. 208-209. Aussi PEETERS,
Recherches de science religieuse,
<• X V I I I , 1928, p. 178-203 :
Vie de Rabboula, évêque d'Edesse,
p. 170-204.
Fonds A.R.A.M