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L ' A RMÉ N I E SOUS L ' H É G ÉMON I E SAS SAN I DE
saint Sahak, événement d'ordinaire daté de 387
1
.
Sahak était
le fils du feu patriarche saint Nersès. Dans sa personne, la dynastie
patriarcale issue de saint Grégoire FIlluminateur était donc, après
une interruption de quatorze ans (373-387), restaurée. Le nouveau
pontife avait alors dans les trente-neuf ans. I l avait été élevé
parmi les Byzantins et son élection, en même temps qu'elle
rendait au siège patriarcal un incontestable prestige, assurait
le maintien du lien culturel avec le monde gréco-romain à l'heure
même où le fatal traité de partage consenti par Théodose enchaî–
nait politiquement la Grande Arménie au monde iranien.
Le choix de saint Sahak comme
katholikos
semble prouver que
Khosrov I I I , bien que placé sur le trône par les Perses, entendait
ne pas rompre avec Byzance. C'est d'ailleurs ce que confirme
expressément Lazare de Pharpi quand i l place dans la bouche
de traîtres s'adressant au roi de Perse un réquisitoire contre la
grécophilie secrète de Khosrov : « Bien qu'il se montre soumis et
obéissant envers toi, cependant cette soumission est apparente et
déguisée, parce que secrètement i l a traité et fait amitié avec
l'empereur des Grecs
2
. »
Cette dénonciation était l'œuvre de
nakhararq
mécontents. Dans leur impatience de s'affranchir de
l'autorité royale, les féodaux arméniens n'hésitaient pas à faire
contre elle appel au suzerain étranger, jeu dangereux qui devait
finir par provoquer la perte de l'indépendance nationale. Moïse
de Khorèn ajoute que parmi les griefs de la cour de Perse contre
Khosrov i l faut faire figurer, à côté des relations de celui-ci avec
la cour d'Arcadius, la désignation, comme patriarche, de saint
Sahak qui aurait été mal vu des Perses pour sa grécophilie.
Notons que cette dernière assertion contredit celle du même auteur
sur la désignation de Sahak par le Grand Boi lui-même, mais
sans doute s'agit-il d'un changement d'attitude de la part de la
cour de Perse, mieux éclairée sur les sentiments véritables du
nouveau patriarche. Quoi qu'il en soit, aux remontrances des
Sassanides, le souverain arménien aurait répondu avec une
fierté qui devait achever de causer sa perte, et en resserrant ses
liens avec la cour deConstantinople.Le roi de Perse — c'était alors
Vahràm IV (388-399)
manda Khosrov auprès de lui. Khos–
rov, ne se sentant pas soutenu par les Byzantins, obtempéra.
A peine était-il au pouvoir de Vah r âm qu'il se v i t déposé et
interné (392)
3
.
D'après Moïse de Khorèn, Gazavon de Chirak
dont les Perses redoutaient la valeur, fut arrêté, lui aussi, et
dépouillé de ses biens. Ses frères se firent tuer en essayant, dans
un hardi coup de main, de délivrer le roi Khosrov
4
.
1.
Moï-E D E K H O R È N , I I I , 49.
2.
L A Z A R E , V I L
3.
L A Z A R E D E P H A R P I , V I I .
4.
MOÏSE D E K H O R È N , I I I , 50.
Fonds A.R.A.M