L ' A RM É N I E SOUS L ' H É G ÉMON I E S A S S AN I DE
169
c'est-à-dire, comme on l'a vu, l'Arménie euphratésienne, fut
purement et simplement annexé par la cour de Constantinople.
Le pays fut directement administré par un fonctionnaire byzantin
portant le titre de comte (et, par la suite, de duc). Tout au plus,
pour ménager la transition, Gazavon de Chirak fut-il désigné
par l'empereur comme chef des
nakhararq
d'obédience byzantine
r
.
En réalité, le décès d'Archak I I I et l'annexion de ses É t a t s à
l'empire byzantin laissaient ses
nakhararq
sans chef de leur race.
Aussi ne tardèrent-ils pas à se rallier à Khosrov I I I devenu le
seul roi arsacide. Moïse de Khorèn, dans une « lettre » à la manière
des historiens antiques, restitue les propositions que Gazavon
de Chirak et les autres féodaux de l'Arménie romaine auraient
alors adressées en ce sens à Khosrov. Ils posaient comme condi–
tions de leur ralliement une totale amnistie pour leurs actes
passés, la restitution de leurs domaines confisqués par Khosrov
et une aide efficace contre les représailles éventuelles des Byzan–
tins. Khosrov, trop heureux de leur ralliement, leur donna toutes
les garanties demandées, sous la seule réserve que les biens
confisqués et déjà concédés à des tiers ne seraient pas rendus
mais qu'une compensation équitable serait accordée aux
anciens propriétaires. Promesse aurait été faite aussi d'affranchir
l'Arménie euphratésienne de la domination des fonctionnaires
byzantins « soit en faisant la guerre à l'empereur, soit par des
moyens pacifiques ». Enfin Gazavon recevait toutes assurances
d'être rétabli dans ses domaines héréditaires du Chirak et de
l'Archarouniq. Ayant obtenu ces garanties, Gazavon abandonna
le service des Byzantins et ramena tous les nakhararq à Khos–
rov I I I . « Comblé d'honneurs et de bienfaits, i l v i t toutes ses
demandes satisfaites
2
. »
Seul, Samouel Mamikonian refusa de
se rallier au roi de la « Persarménie ». Samouel avait naguère
poussé le zèle jusqu'à assassiner son propre père Vahan Mami–
konian, coupable d'être passé aux Perses
3
.
N'ayant rien à
espérer de ces derniers, i l serait, si nous en croyons Moïse de
Khorèn, allé à Constantinople, à la cour de l'empereur Arcadius
qu'il chercha à exciter contre les autres
nakhararq
4
.
Cependant, et
toujours si nous devions en croire Moïse de Khorèn, Khosrov I I I
aurait alors entrepris des négociations avec la cour de Con tan-
tinople pour obtenir de l'empereur Arcadius l'administration,
à titre de vassal, de l'Arménie euphratésienne ou byzantine
5
.
C'est à Khosrov I I I que Moïse de Khorèn attribue le mérite
d'avoir fait désigner comme patriarche de l'Église arménienne
1
Moï
E,
I I I ,
46.
2.
MOÏSE DE K H O R È N , I I I , 48. Cf. THOMAS A R D Z R O U N I , I , § 10. p. 60.
3.
FAUSTUS, IV, 58.
4.
MOÏSE, I I I , 48.
5.
MOÏSE DE K H O R È N , I I I , 49.
Fonds A.R.A.M