L ' A RMÉ N I E SOUS L ' H É G ÉMO N I E S A S S AN I DE
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Règne de Vram-Chapouh.
Invention de l'alphabet arménien par Mesrop Machtots.
A. la place de Khosrov I I I , Vahrâm IV nomma roi d'Arménie
le frère de ce prince, Vram-Chapouh (dont le nom, par paren–
thèse, représente une arménisation du nom perse Vahrâm-Châh-
pouhr, ce qui montre l'influence de la culture iranienne-sassa-
nide à la cour d'Arménie).
Le règne de Vram-Chapouh (392-414) fut rempli par l'acti–
vité du grand patriarche saint Sahak. De sa vie dans le siècle,
avant son ordination, Sahak n'avait qu'une fille, Sahakanouch,
qui avait épousé un des chefs de l'illustre maison mamikonienne,
Hamazasp Mamikonian. Sahak demanda pour ce gendre au roi
Vram-Chapouh la charge de maître de la cavalerie, une des
plus importantes du royaume. Moïse de Khorèn nous raconte que
le monarque arménien ne voulut point y consentir sans l'autori–
sation de son suzerain, le roi de Perse, sans doute en raison de
la défiance que, d'après le même auteur, la cour sassanide avait
antérieurement témoignée envers le patriarche. Sahak aurait
alors fait le voyage de Perse pour solliciter lui-même l'agrément
du roi des rois. I l aurait reçu à la cour de Ctésiphon l'accueil le
plus flatteur et obtenu non seulement pour son gendre le titre"
sollicité, mais encore pour toute la maison des Mamikonian une
promotion dans la hiérarchie féodale, le cinquième rang parmi
les
nakhararq
d'Arménie L
Le règne de Vram-Chapouh et le pontificat de saint Sahak
sont marqués par un événement capital dans l'histoire de la
culture arménienne. Ce fut alors, entre 392 et 405, que saint
Mesrop Machtots inventa l'alphabet arménien
2
.
Mesrop Machtots naquit vers 361. I l était originaire de Hat-
sekq, dans le Tarôn. Versé dès l'enfance dans la littérature
grecque, i l passa quelque temps à la cour d'Arménie où i l fut
employé aux archives royales et y exerça les fonctions de « chan–
celier des ordonnances du souverain »
3
.
Ayant ensuite embrassé
la vie monastique, i l alla achever l'évangélisation de la Siounie,
province où le paganisme restait vivace. I l fut aidé dans cette
tâche par le prince siounien VaZinak
4
.
Sa prédication s'exerça en
1.
MOÏSE, I I I , 51.
2.
Cf. Paul PEETERS,
Pour l'histoire des origines de l'alphabet
arménien,
Revue des Études Arméniennes,
t.
9,
1929, 1
p. 203-237. N . A D O N T Z ,
La Bible
arménienne et sa portée historique,
dans
Célébration du Quinzième
Centenaire
de la traduction arménienne de la Bible,
p. 47 ; et
ibid.
articles de M E I L L E T
et Archag TCHOBANIAN (Paris, 1938).
3.
KORIOUN,
Biographie de Mesrop,
dans LANGLOIS,
Collection des histo–
riens anciens et modernes de l'Arménie,
I I , p. 9.
4.
MOÏSE, I I I , 47 ; E T I E N N E O R B É L I A N ,
Histoire de Siounie,
ch. x v , 1.1, p. 33,
et BROSSET,
ibid.,
t. I I , p. 12 et 16. BROSSET fait remarquer
(
Siounie,
t. I ,
Fonds A.R.A.M