L ' A RMÉ N I E SOUS L ' H É G ÉMON I E SASSANIDE
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et la foi arméniennes eussent à en souffrir sur-le-champ. Aussi le
discours que Lazare de Pharpi prête, aux environs de 390, au
r
oi Archak I I I obligé de fuir de Dwin à Erzindjan, représente-
t-il beaucoup plus le jugement du chroniqueur que l'impression
des contemporains. Sous cette réserve, ce n'en est pas moins un
passage fort instructif. « L'Arménie était donc soumise à la domi–
nation de deux rois. La plus grande partie, la plus fertile, était
échue en partage aux Perses. Bien que les autres provinces fussent
entrées en la possession de l'empereur des Romains, aucune ne
pouvait être comparée à la province de l'Ararat. Agité par ces
tristes constatations, Archak disait à ses familiers : « Parce que
nous avons provoqué la colère de Dieu, voici que nous sommes
traités en esclaves. Notre résidence a été confisquée par les Perses,
mais je préfère abandonner les sites enchanteurs de l'Ararat,
l'antique héritage de mes ancêtres, et mener ailleurs une vie
misérable, plutôt que de vivre parmi les infidèles»
1
. » «
C'est
pourquoi, insiste Lazare, le roi Archak abandonna la province
de l'Ararat et se mi t en route comme pour se rendre en captivité.
Il crut préférable de se retirer sur une terre chrétienne, bien que
dans un territoire restreint, et de vivre sous l'autorité de l'empe–
reur des Romains, plutôt que de rester dans cette délicieuse et
charmante contrée (de la Grande Arménie) et d'y voir quoti–
diennement la profanation de la foi, l'insulte prodiguée à la
Sainte Église, la ruine de la nation par les orgueilleux rois de
Perse. Le cœur rempli d'amertume, Archak vint se placer sous la
domination des Romains
2
. »
Le ton de Lazare de Pharpi est pour nous donner ici l'im–
pression d'un véritable exil de la royauté légitime, pour des rai–
sons confessionnelles, en terre romaine. Moïse de Khorèn, qui
nous suggère une impression analogue, ajoute qu'un grand
nombre de
nakhararq
de la Grande Arménie suivirent Archak I I I
dans sa retraite en terre romaine. « Ils émigrèrent avec le roi, en
emmenant leurs femmes et leurs enfants et en faisant abandon de
leurs biens, de leurs villages et de leurs établissements
3
. »
Moïse
imagine ensuite une lettre du roi de Perse invitant les seigneurs
émigrés à regagner leurs domaines héréditaires. « Je vous ai
donné pour roi Khosrov qui pratique votre religion et qui
appartient à la race de vos rois. Rentrez donc dans vos domaines
et reprenez votre pouvoir habituel. Je jure par le Feu, par l'Eau
et par la Gloire de mes ancêtres immortels que j'agis sans arrière-
pensée et que je garderai inviolablement ma parole. Quant à
ceux qui refuseront de revenir, j'ordonne que leurs maisons,
leurs villages et leurs établissements soient réunis au domaine
1.
D'après L A Z A R E D E P HA R P I , V .
2.
Ibid.,
V I .
3.
MOÏSE DE K H O R È N , I I I , 4 2 .
Fonds A.R.A.M