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L ' A RMÉ N I E SOUS L ' H É G ÉMO N I E S A S S AN I DE
voyait abandonnée par le monde gréco-romain, livrée à ses
propres moyens, vouée, bon gré mal gré, à graviter dans l'orbite
de l'Iran, c'est-à-dire aujourd'hui du monde mazdéen, demain
du monde musulman.
Mais les conséquences du partage de 390 ne devaient pa
s
s'arrêter là. En effet la portion, encore notable, du territoire
arménien qui restait sous l'obédience romaine, se trouvait, du
même coup, arbitrairement séparée de la masse de la nation
arménienne pour se voir bientôt purement et simplement
annexée à l'empire de Byzance. E t tandis que l'Arménie perse,
la « Persarménie », comme diront les écrivains byzantins, devait
être soumise à une suite de persécutions religieuses violentes,
visant à la convertir de force au mazdéisme, les provinces arméno-
byzantines allaient être l'objet d'une tentative de dénationalisa–
tion moins brutale sans doute, mais plus constante et finalement
plus efficace. Sous le couvert des discussions christologiques, la
région euphratésienne, détachée de la Grande Arménie pour
suivre les destinées de Byzance, allait être, du fait de l'hellénisme,
victime d'un travail tenace de désarménisation.
Ainsi, à l'heure où l'Arménie comme l'empire romain venait
d'embrasser définitivement le christianisme, elle se voyait
abandonnée par les derniers Bomains, contrainte de se rattacher
au monde mazdéen, ennemi de sa foi. C'était là pour le peuple
arménien, nous l'avons dit, le présage de persécutions sans fin.
Reconnaissons toutefois que ce destin tragique fut aussi à certains
égards pour l'arménisme une garantie de conservation. Si dans le
traité de partage de 390 le gros de l'Arménie avait été annexé
par Théodose, la chrétienté arménienne tout entière aurait été
bientôt l'objet de la pression confessionnelle que nous signalions
plus haut. L'annexionnisme religieux byzantin était si âpre
qu'on peut se demander si l'Église arménienne n'eût pas, à plus
ou moins brève échéance, été absorbée, absorption qui eût sans
doute entraîné la dénationalisation de l'Arménie. Au contraire
le rattachement politique de l'Arménie au monde mazdéen dont
sa foi chrétienne la séparait violemment, se trouva être pour elle,
en même temps que la cause de souffrances infinies, la garantie
de son indépendance spirituelle.
Règne de Khosrov III
Le rattachement de la Grande Arménie à l'empire sassanide
ne fut peut-être pas aussi vivement ressenti par les contemporains
que par la postérité. Ce n'était pas la première fois qu'une telle
solution était donnée à la question d'Arménie, et sous Manuel
Mamikonian elle avait pu être adoptée sans que la nationalité
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