L'ARMÉNIE SOUS L'HÉGÉMONIE SASSANIDE
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sensiblement de ce côté de 390 à 600, passait à l'est de l'actuel
Erzéroum, l'arménienne Karin, à l'est aussi de Martyropolis,
l'actuel Maiyâfâriqîn. Karin et Martyropolis devenaient ainsi
villes-frontières byzantines. Cette ligne de partage laissait dans
l'obédience byzantine les provinces arméniennes les plus occi–
dentales, savoir la Derzène (Terdjan), le Keltzène et l'Acilisène
(
EkéZéatz), c'est-à-dire le pays d'Erzindjan, la Khorzène ou
Khorzianène (Khortzéanq), la Daranalis (DaranaZiq), la Réla-
bitène (Balakhovit), l'Asthianène (Hachtéanq), la Sophène
(
Dzophq Chahounotz, Petit Dzophq), l'Anzitène (Hanzêth) et la
Sophanène (Dzophq Mèdz ou Grand Dzophq)
1
.
Tout ce qui
était plus à l'est tombait dans le lot de la « Persarménie ». Notons
que d'après Procope, la Sophanène, l'Anzitène, la Sophène,
l'Asthianène et la Balabitène conservèrent des « satrapes »
nationaux
(
nakhararq)
héréditaires, investis par l'empereur et
assimilés à des fonctionnaires impériaux.
Ce partage qui constituait le legs de l'Antiquité finissante à
l'époque médiévale, était, tant pour le peuple arménien que pour
l'Europe elle-même, d'une gravité qui n'a pas besoin d'être
soulignée. L'abandon du protectorat de la Grande Arménie
constituait pour l'empire romain, en même temps qu'un recul
lourd de conséquences, une véritable défection à l'égard de la
chrétienté
2
.
Sans doute n'était-ce pas de gaîté. de cœur que
l'empereur Théodose s'était résigné à un tel recul. La menace,
l'imminence des grandes invasions germaniques sur le Danube
et le Rhin étaient telles que les responsables de la politique
romaine pouvaient hésiter à laisser se rouvrir sur FEuphrate,
à propos de l'Arménie, l'ère des épuisantes guerres persiques.
L'avenir n'allait pas tarder à prouver que ce « défaitisme » était
au contraire générateur de nouveaux conflits. Livrer aux Perses
la « citadelle arménienne », cette marche avancée de l'empire
romain, c'était leur ouvrir les avenues de la « romanité ». A la
veille des Grandes Invasions, le dernier empereur romain unitaire
laissait démanteler le bastion oriental de la chrétienté. Une
vivace nation chrétienne se trouvait livrée au bon plaisir de la
Perse mazdéenne, c'est-à-dire, à cette date, des pires ennemis du
christianisme. Au seuil des temps nouveaux, l'Arménie se
1.
Ct CHABOT,
La frontière romaine de l'Euphrale,
p. 1 0 - 1 1 . H O N I G M A N N .
Oie^Ostgrenze des Byzantinischen
Reiches von
3 6 3
bis
1 0 7 1 (
Bruxelles 1935),
p. 7-9, avec la carte
Mesopotamia et Armenia Quarta c. an. Chr.
6 0 0 .
2.
La situation des seigneurs arméniens, même bien en cour auprès de
leurs nouveaux suzerains perses, était, morakment du moins, parfois fort
délicate. Voyez ce que nous dit Thomas Ardzrouni d'un de ses ancêtres :
«
vasak Ardzrouni, qui s'était rendu auprès de Khosrov ( I I I ) , était chrétien
avec les chrétiens et perse avec les Perses. » (THOMAS ARDZROUNI, I , § 1 0 ,
sp. BROSSET, I , p. 6 1 ) . I l est vrai qu'il s'agit ici d'un
nakharar
particulière-
nient dévoué au parti perse soit par ambition, soit pour venger son aïeul
Meroujan Ardzrouni, et cela au point d'être désavoué par son propre fils
A'an qui alla en demander pardon à saint Sahak.
Fonds A.R.A.M