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LES ARSACIDES CHRETIENS
une fois encore. Faustus explique ce changement d'orientation
par une laborieuse intrigue de cour. L'ancien renégat Méroujan
Ardzrouni, ainsi qu'on s'en souvient, depuis longtemps passé
aux Perses, aurait été jaloux de la-faveur dont le
sparapet
Manuel Mamikonian bénéficiait aujourd'hui auprès d'eux. Dans
son ressentiment, i l aurait réussi à semer la méfiance dans l'es–
prit de Manuel, au point que ce dernier, se croyant menacé,
aurait pris les devants en attaquant à l'improviste et en taillant
en pièces les dix mille hommes de la garnison perse. Le marzbân
Sourèn échappa presque seul au désastre
I
.
Bien entendu, la
cour de Perse dirigea contre l'Arménie plusieurs expéditions-
punitives, mais, si nous en croyons Faustus, toutes ces tenta–
tives furent repoussées par Manuel
2
. «
Pendant sept ans, les
Perses n'osèrent plus pénétrer sur le sol de l'Arménie et tout le
pays resta groupé autour du
sparapet
Manuel. » On v i t même les
princes de la maison de Siounie, dont l'héritier de cette princi–
pauté, Babik, fils d'Andok, restaurés dans leur patrimoine grâce
à l'appui de Manuel
3
.
C'est donc ici que Faustus place la res–
tauration de Babik de Siounie dans l'héritage paternel. Tout
à l'heure, on l'a vu, Moïse KaZankatouatsi et Stéphannos Orbélian
voulaient que la Siounie eût été restituée à son légitime pro–
priétaire par la seule grâce du roi de Perse Châhpouhr I I . Ils
allaient même jusqu'à donner cette restauration comme dirigée
contre les Mamikonian, puisque, à en croire ces sources, le roi
de Perse aurait alors placé le Siounide sur le même rang que
Manuel Mamikonian
4
.
Au contraire, pour Faustus. Babik ne
doit sa restauration en Siounie qu'à Manuel dont i l resta depuis
lors le fidèle second
5
.
Quoi qu'il en soit de ce désaccord entre chroniqueurs au ser–
vice de maisons féodales différentes, Manuel Mamikonian se
trouva un moment le roi sans couronne de l'Arménie. Seul, le
renégat Méroujan Ardzrouni cherchait à le renverser. Passé à la
cour de Perse et définitivement rallié au mazdéisme, Méroujan
persuada aux Sassanides d'envoyer contre ses anciens compa–
triotes une nouvelle expédition et de lui en confier à lui-même le
commandement. L'armée arménienne, sous les ordres du
spara–
pet
Manuel, campait, nous dit Faustus, près du bourg de Baga-
van, au Bagrévand. Ce fut là que Méroujan vint l'attaquer,
Faustus nous donne de la bataille qui s'ensuivit un nouveau
récit épique. Manuel et Méroujan, comme tout à l'heure Babik de
Siounie et le chef hun, s'y livrent un combat singulier, à la manière
des héros du
Châh-nâmeh
: «
Tous deux étaient des guerriers
1
FAUSTUS, V , 38.
2 .
FAUSTUS, V , 3 9 - 4 1 .
3.
FAUSTUS, V , 42.
4.
E T I E N N E O R B É L I A N ,
Histoire de Siounie
I , p. 2 5 .
5.
FAUSTUS, V , 42.
Fonds A.R.A.M