L E S ARSACIDES CHRÉTIENS
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robustes, aussi se portèrent-ils réciproquement des coups de
lance qui les renversèrent à terre. A cet instant arriva Babik,
seigneur de Siounie, le compagnon d'armes de Manuel ; d'un
coup de lance, dirigé de haut en bas au flanc de Méroujan, i l le
cloua à terre, de telle sorte qu'il fut impossible à ce dernier de
faire un mouvement. Les serviteurs de Manuel, après avoir remis
le
sparapet
en selle, tranchèrent la tête de Méroujan. » L'armée
perse, privée de son chef, fut mise en fuite
1
. —
Tel est le récit de
Faustus, notre seule source pour cette période. Nous avons déjà
remarqué qu'il est ici en opposition avec Moïse de Khorèn, lequel
a
fait mourir Méroujan une quinzaine d'années plus t ô t , sous le
règne de Pap, et des mains d'un autre
nakharar,
Sembat Bagra–
touni
2
.
Mais, comme nous l'avons dit, Faustus, bien que son
récit soit souvent romancé, représente tout de même une source
moins incertaine que Moïse.
Après une telle victoire, le
sparapet
Manuel était plus que
jamais le maître tout-puissant de l'Arménie. Le clan des Mami–
konian triomphait. Une union de famille consacra ce triomphe.
Le sparapet Manuel rassembla toutes les troupes et, avec la
reine Zarmandoukht et les deux jeunes princes arsacides Archak
(
Archak I I I ) et VaZarchak, suivis de l'armée arménienne, des
grands nakhararq et de tous les chefs des familles seigneuriales,
il arriva dans le canton de Karin (Erzéroum) où i l donna sa fille
Vardandoukht en mariage au jeune prince Archak
3
. »
Quant au
frère d'Archak I I I , au prince VaZarchak, on lui fit épouser la
fille du « commandant de la cavalerie », Sahak Bagratouni. I l
s'agissait d'un des représentants de la grande famille des Bagra–
touni ou Bagratides, dont le domaine, nous dit Faustus
4
,
était,
en ce temps-là, situé dans le district de Sper (Ispir) et qui avait le
privilège héréditaire, à l'avènement des rois arsacides, de poser
la couronne royale sur leur tête. « Le pays entier, ajoute Faustus,
prit part à ces noces qui causèrent la plus grande joie à tous les
habitants. » On assistait en effet à l'étroite union de la dynastie
régnante arsacide et des deux principales maisons féodales. Ce
fut alors que Manuel Mamikonian, après avoir convoqué « les
représentants de toute l'Arménie », « éleva le jeune Archak [ I I I ]
à la royauté, en nommant son frère VaZarchak en second », c'est-
à-dire comme roi-associé
5
.
Le principe de la collégialité, qui,
depuis Dioclétien, était admis sur le trône impérial romain, se
trouvait introduit en Arménie, mais ici comme bientôt chez les
Romains, le partage de la souveraineté risquait d'entraîner le
1.
FAUSTUS, V, 43.
2.
MOÏSE, I I I , 3 7 . Voir plus haut, p. 1 4 6 .
,
i-
FAUSTUS V, 44. MOÏSE D E K H O R È N , I I I , 4 1 , nous dit qu'Archak I I I
e
P«isa la fille de Babik, seigneur de la Siounie.
4.
FAUSTUS V, 1. c. MOÏSE, I I I , 4 1 , 43.
o. FAUSTUS, V, 4 4 .
Fonds A.R.A.M