L E S ARSACIDES CHRÉTIENS
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intervenue entre les féodaux arméniens et la cour sassanide.
H s'agit de la restitution, par Châhpouhr I I , de la principauté de
Siounie à l'héritier de cette principauté, le jeune Babik, fils
d'Andok. Nous y voyons assez bien, même sous les embellisse–
ments d'un récit nettement romancé, quels pouvaient être, sur
le terrain du loyalisme chevaleresque, les rapports des
nakha-
r
arq
arméniens et du grand-roi sassanide. Le beau Babik, « héros
à taille de cyprès », v i t exilé de sa patrie, en territoire romain,
mais la nostalgie du sol natal le remplit de mélancolie. Animé
de ces sentiments, i l se rend à la cour de Perse sans d'ailleurs y
révéler son identité, mais i l ne laisse pas que d'y être remarqué
«
pour la douceur de ses manières et sa vigueur dans les exercices
corporels ». Un chef hun, nommé curieusement Hounagour,
ravageait en ce temps-là les frontières de l'empire sassanide
(
sans doute du côté du Caucase). Babik offre à Châhpouhr d'aller
affronter le barbare en combat singulier. L'offre est acceptée.
«
Babik, se mettant sous la protection du ciel, se revêtit de son
armure. I l couvrit sa noble taille de la brillante cuirasse royale,
semée de perles, et sa belle tête du casque à tête de tigre (cf. le
Roustem du.
Châh-nâmeh).
I l ceignit la fière épée d'acier à reflets
noirs, jeta sur son épaule gauche le bouclier damasquiné
d'or et serti de pierreries, passa et affermit sur son bras droit la
lance au fer pointu et bien tranchante, et, monté sur son noir
coursier, s'avança fièrement au-devant de l'ennemi. » Le combat
homérique dure du matin au coucher du soleil, car ce n'est qu'au
soir tombant que Babik triomphe du Hun et lui tranche la tête.
Il se fait alors connaître à Châhpouhr, et celui-ci, transporté de
reconnaissance, lui restitue le domaine de ses ancêtres, la prin–
cipauté de Siounie, en spécifiant même, assure du moins le bio–
graphe des Siounides, que Babik serait placé sur le même pied
que les Mamikonian
K
L'entente arméno-perse due à Châhpouhr I I et à Manuel
Mamikonian semble avoir été fort acceptable pour les Arméniens
puisque la suzeraineté sassanide respectait leur autonomie
politique et leur foi chrétienne. Cependant ce
modus vivendi
dura
peu. Comment prit-il fin ? Au vieux Châhpouhr I I succédèrent
sur le trône d'Iran des princes faibles, Ardachêr I I (379-383),
Châhpouhr I I I (383-388) et Vahrâm (388-399), qui n'avaient
pas la puissante personnalité du défunt souverain et qui, de
surcroît, allaient être, eux aussi, aux prises avec l'insubordina–
tion de leur noblesse. Au contraire le monde romain se trouvait
pour la dernière fois réuni sous la direction d'un grand empereur,
Théodose (379-395). L'attraction romaine allait donc s'exercer
1.
E T I E N N E O E B É L I A N ,
Histoire de Siounie,
I , ch. x, p. 24-25. Cf. BROSSET,
{?,. •'
I?> P- 16. Même récit chez MOÏSE K A / A N K A T O U A T S I , p. 8 4 , de qui
tuenne Orbélian l'a copié.
Histoire de l'Arménie.
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Fonds A.R.A.M