158
L E S AR S AC I D E S
C H R E T I E N S
ménie, avaient abouti à un échec, les persécutions contre )
e
christianisme arménien avaient provoqué la révolte bientôt
victorieuse de l'héroïque Mouche/ Mamikonian, les tentatives
de séduction à l'égard de la noblesse arménienne avaient échoué
à leur tour. E t voici que soudain, par les seules incidences des
luttes intestines en Arménie, le propre frère de Mouche/, ]
e
nouveau chef du clan Mamikonian, venait mettre son pays aux
pieds du Roi des Rois (378-379) \
Châhpouhr I I envoya aussitôt en Arménie un corps de
10.000
cavaliers sous les ordres de Sourèn, haut seigneur perse
chargé, avec le titre de
marzbân
(
gouverneur de marche, « mar–
grave »), d'asseoir pacifiquement la suzeraineté sassanide sur le
pays (aussi en 378-379). Sourèn arrivait avec, pour tous, des
cadeaux magnifiques : « Un diadème, des vêtements et un
voile pour la reine Zarmandoukht, des couronnes pour ses deux
fils, un vêtement royal, une fourrure d'hermine, un ornement
flottant en or et en argent à attacher à l'aigle du casque pour le
sparapet Manuel, et, de plus, pour ce dernier, un bandeau pour
ceindre son front, des ornements pour orner sa poitrine, tels
qu'en portent les rois, une tente de couleur rouge pourpre avec
un aigle, de grandes tapisseries bleu céleste pour tendre l'entrée
de sa tente et des vases d'or pour sa table ; en outre, le Roi
investit Manuel de pouvoirs illimités sur le pays des Arméniens.
La reine Zarmandoukht et le sparapet Manuel, voyant ces
marques d'honneur et ces preuves d'amitié données par le roi de
Perse, témoignèrent la plus grande considération à Sourèn,
reconnurent la suzeraineté du roi de Perse sur l'Arménie et
transmirent à son satrape le gouvernement du pays. On détermina
le tribut à payer par le roi d'Arménie, les présents et les dons
dont i l avait à s'acquitter. On fixa aussi les frais d'entretien et
d'équipement (littéralement : la chaussure et les vivres) néces–
saires au marzban Sourèn et à ses dix mille cavaliers. C'est ainsi
qu'ayant obtenu cette protection, les Arméniens trouvèrent
dans le roi de Perse un soutien solide qu'ils servirent fidèlement.
Les envoyés du roi de Perse ne faisaient qu'aller et venir en
Arménie et le pays tâchait par tous les moyens de témoigner son
attachement au roi de Perse. De son côté, le roi de Perse envoyait
de fréquents présents à la reine Zarmandoukht ainsi qu'au
sparapet
Manuel qui, devenu son ami intime, atteignit le plus
haut degré de gloire
2
. »
Moïse Ka/ankatouatsi et Stéphannos Orbélian nous racontent,
sur le ton
Àe
l'épopée, un épisode de l'entente cordiale ainsi
1.
Cf. JUSTI,
Grundriss
der iranischen Philologie,
I I , p. 524 sqq. et
MARQUART,
Unlersuchungen zur Geschichte von Eran,
I , p. 44 sqq. du tirage à
part.
2.
FAUSTUS, V , 38.
Fonds A.R.A.M