L E S A R S A C I D E S C H R E T I E N S
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s e
plaçant à leur tête, i l gouverna le pays à la place du roi, en
rétablissant l'ordre partout
1
. »
Cependant le clan vainqueur n'osa se passer entièrement de
l'institution royale. Manuel Mamikonian recourut à une demi-
m e S
u r e : la désignation d'une reine douairière qui lui servirait de
prête-nom pour continuer à gouverner comme régent : « Au lieu
de roi, i l produisit devant le peuple la reine Zarmandoukht,
veuve du roi Pap, accompagnée des princes arsacides, ses deux
fils, et environnée d'une pompe royale. Ces deux jeunes princes
se nommaient Archak et Va/archak (Arsace et Valarsace). Tous
deux avaient été élevés par le
sparapet
Manuel comme ses propres
nourrissons. Quant à leur mère Zarmandoukht, i l la gardait en
l'entourant des honneurs dus à une reine
2
. »
Archak — désormais
Archak I I I
—
ne devait pas tarder, nous le verrons, à épouser
une fille du régent, nouveau moyen de lier la dynastie à ce dernier.
Pour Moïse de Khorèn, qui cherche à rabaisser la gloire des Mami–
konian (c'est une autre maison féodale, celle des Bagratouni, qu'il
exalte), ce serait l'empereur romain Théodose qui, à la place de
Varazdat, aurait mis sur le trône les deux frères Archak I I I et
Va/archak. « Gardant avec lui la mère des deux jeunes princes,
il les envoya en Arménie avec des troupes
3
. »
Bien que le recou–
pement d'Ammien Marcellin nous fasse maintenant défaut, i l
n'est pas douteux qu'il faille une fois de plus préférer ici la version
de Faustus à celle-ci de Moïse de Khorèn.
Cependant Manuel Mamikonian devait craindre que sa main–
mise sur l'Arménie ne provoquât l'intervention romaine. Pour y
obvier, i l recourut à la seule parade possible : d'accord avec la
reine Zarmandoukht, i l rechercha la protection des Perses
4
.
Tous deux envoyèrent à cet effet à la cour de Ctésiphon une
ambassade conduite par un certain Gardjouil ou Kardchouil
Ma/khaz pour annoncer au Roi des Rois « qu'ils étaient décidés à
reconnaître son autorité en plaçant le pays arménien sous sa
suzeraineté »
5
.
Faustus n'avait pas besoin d'ajouter que le
monarque sassanide « accueillit cette ambassade avec la plus
grande joie, la combla d'honneurs et donna à Gardjouil des
présents considérables » : cette joie, on l'imagine. Le vieux
Châhpouhr I I était à la dernière année d'un règne qui avait duré
quelque soixante-dix ans (309 ou 310-379). La soumission de
l'Arménie avait été un des principaux objectifs de sa politique.
On peut dire qu'il l'avait poursuivie par tous les moyens, guerre,
persécutions religieuses, ruses diplomatiques, flatteries aux
intéressés ; mais les guerres contre Rome, protectrice de TAr-
1-
FAUSTUS, V, 37.
2.
FAUSTUS,
ibid.
3.
MOÏSE D E K H O R È N , I I I , 41.
4.
FAUSTUS, V, 37.
5.
FAUSTUS, V, 38.
Fonds A.R.A.M