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L E S ARSACIDES CHRET I ENS
sur-le-champ, ils rebroussèrent chemin. Ce fut ainsi que l'arme',
du roi fut vaincue ce jour-là par les troupes de Manuel
1
. »
Si le roi fut épargné, la geste des Mamikonian, dont Faustus
nous apporte l'écho, avoue que le clan vainqueur se livra à des
vengeances sévères. Parmi les
nakhararq
qui avaient suivi la
bannière royale se trouvait Garégin, seigneur du canton de
Jîechtouniq, qui était le beau-frère d'un des Mamikonian, l
e
sébouh Hamazasp. Tombé de cheval et reconnu par Hamazasp,
il fut laissé sous la protection de soldats de ce dernier, mais il
n'en fut pas moins massacré par d'autres soldats des Mamikonian.
Bat Saharouni, le favori du roi Varazdat, le calomniateur et le
meurtrier de l'héroïque MoucheZ, tomba lui aussi, avec son fils
aux mains des vainqueurs. Manuel ordonna d'égorger le fils sous
les yeux du père avant de faire exécuter celui-ci
2
.
Varazdat, ainsi chassé d'Arménie, se réfugia chez les Romains
(377-378).
Or, sa conduite à l'égard de Rome avait été assez
équivoque. Mis sur le trône par les Romains, i l s'était rapidement
détaché d'eux et avait cherché à s'affranchir de leur tutelle.
C'était parce que MoucheZ Mamikonian se montrait trop attaché
à la clientèle de Rome et voulait installer en permanence des
garnisons impériales dans le pays, que Varazdat l'avait fait
assassiner. Moïse de Khorèn affirme même que Varazdat avait
envoyé des messagers à Châhpouhr I I pour lui demander une
de ses filles en mariage, en allant jusqu'à promettre la reconnais–
sance de la suzeraineté perse sur l'Arménie
3
.
Les manœuvres
que nous entrevoyons là ne durent être ignorées ni de l'empereur
Valens ni de son successeur Théodose. De fait, les Romains ne
firent rien pour restaurer Varazdat. Moïse de Khorèn dit que
Théodose le rélégua « dans l'île de Thulé », ce qui signifierait
dans les îles Britanniques
4
.
Gouvernement du sparapet Manuel
Mamikonian
La bataille de Karin et la fuite du roi Varazdat faisaient de
Manuel Mamikonian le maître de fait de l'Arménie (378). Le clan
des Mamikonian avait pratiquement éliminé la royauté arsacide.
C'est ce que constate en termes non équivoques le panégyriste
de ce clan, Faustus de Byzance: « Le sparapet des Arméniens
Manuel, après avoir soumis à son autorité le pays tout entier,
réunit autour de lui les grands et les
nakhararq
arméniens et,
1.
FAUSTUS, V , 37.
2.
FAUSTUS, V , 37.
3.
THOMAS ARDZROUNI, 1. I , § 1 0 , p. 59, nous parle de l'ambassade de
Méroujan Ardzrouni envoyé à ce sujet à C h â h p o u h r I I par Varazdat.
4.
MOÏSE DE K H O R È N , I I I , 40.
Fonds A.R.A.M