L E S ARSACÏDES CHRÉTIENS
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vécu que pour vous ; nos ancêtres sont
tombés pour vous dans les batailles. Vasak, père de MoucheZ, est
mort pour le roi Archak. Nous avons toujours servi la dynastie
jes Arsacides ! Eh bien ! au lieu de nous récompenser, vous
autres Arsacides, vous faites périr ceux de notre race qui ont été
épargnés par l'ennemi. E t le brave MoucheZ, mon frère, qui dès
son enfance, consacra toute sa vie à votre famille, qui défit et
tailla en pièces-vos ennemis, que l'ennemi même n'est jamais
parvenu à tuer, t u l'as fait saisir et égorger au cours d'un festin !...
Quant à nous, nous n'avons jamais été vos vassaux, nous sommes
vos égaux et même d'une extraction plus noble que la vôtre, car
nos ancêtres ont été jadis rois dans le pays de Tchen
1
. »
Certes, i l s'agit là d'un discours littéraire, comme tous les
écrivains de l'antiquité, grecque et romaine, pour résumer une
situation, en prêtent à leurs héros. Mais à cet égard, rien ne saurait
mieux nous montrer à quel point les derniers Arsacides d'Arménie
se trouvaient incapables d'arrêter l'essor d'une féodalité toute
puissante.
Après un échange d'injures et de défis comme entre héros
d'Homère, la guerre civile éclate et une bataille rangée entre les
troupes royales et les Mamikonian est livrée près de Karin,
l'actuel Erzeroum. L'histoire de Faustus, source toute dévouée
à la famille des Mamikonian, semble, une fois de plus, insérer
ici un fragment d'épopée à la gloire de cette maison : « Le roi
Varazdat et le
sparapet
Manuel, la lance à la main, s'avancèrent
l'un contre l'autre. Quand le roi, levant les yeux, aperçut le
sparapet
se dirigeant vers l u i , quand i l v i t cette stature magni–
fique couverte, de pied en cap, d'une armure de fer et ce corps
robuste se dressant immobile sur un noble coursier, i l crut un
instant avoir devant les yeux une haute et inaccessible montagne.
Puis il pensa à la mort et, ne comptant plus sur la vie, se précipita
sur son adversaire. Comme un jeune homme sans expérience, le
roi Varazdat, voyant son ennemi ainsi armé et n'espérant pas que
sa lance pourrait entamer la cuirasse de Manuel, plongea avec
fureur sa lance dans la bouche de celui-ci. Mais Manuel, saisissant
la lance, l'arracha de la main du roi et fit sortir lui-même le fer
de sa joue, non sans s'arracher plusieurs dents. Le roi Varazdat
prit alors la fuite devant le général Manuel qui se mi t à le pour–
suivre. De sa lance, Manuel frappait à coups redoublés sur le
crâne de Varazdat, en le chassant ainsi devant lui l'espace d'en–
viron quatre stades. Les fils de Manuel, Hemaïak et Artachès,
armés de lances, se précipitèrent pour tuer le roi, mais Manuel
rappela ses fils en leur disant : « Gardez-vous bien d'être régi–
cides ! » A peine avaient-ils entendu la voix de leur père, que,
.1.
Allusion à l a légende selon laquelle les Mamikonian auraient été ori–
ginaires de la Chine.
—
FAUSTUS, V , 37.
Fonds A.R.A.M