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LES ARSACIDES CHRÉTIENS
sentait influent auprès du jeune roi pour avoir été son « nourri,
cier », profita de sa faveur pour disputer à MoucheZ la dignité
de
sparapet.
I l n'eut, semble-t-il, pas grand mal à perdre l'héroïq
Ue
guerrier en le calomniant auprès d'un roi que fatiguait une tutelle
jugée indiscrète. I l accusa MoucheZ d'avoir été le complice des
Romains dans l'assassinat du malheureux Pap, de vouloi
r
aujourd'hui encore leur livrer l'Arménie en y installant des gar.
nisons impériales, et finalement de méditer, d'accord avec la
cour de Constantinople, la mort de Varazdat pour s'emparer
lui-même du trône
Le procédé pour supprimer MoucheZ fut le même que celui
dont les Romains s'étaient servis contre Pap. Le roi invita le
sparapet
à un grand festin au cours duquel on s'efforça de noyer
sa méfiance sous les vins les plus généreux, après quoi Bat
Saharouni, aidé de douze spadassins, l'assaillit à coups d'épée.
Comme MoucheZ implorait l'aide du roi, celui-ci, d'un mot, lui
cria le secret de la machination : « Va-t-en retrouver Pap ; il
t'expliquera ! ». Faustus ajoute que le vieux guerrier eut le
temps d'exprimer le regret de succomber dans ce coupe-gorge
au lieu d'« affronter la mort à cheval »
2
!
Le roi Varazdat, débarrassé de son protecteur, nomma
sparapet
à sa place l'assassin Bat Saharouni. En même temps i l désigna
comme chef de la maison des Mamikonian un certain Vatché
qui lui donnait évidemment moins d'ombrage. Mais i l se trom–
pait s'il croyait s'être ainsi subordonné la puissante famille,
Deux des princes Mamikonian, Manuel et Koms, que Faustus
présente comme les frères de MoucheZ, se trouvaient en résidence
forcée à la cour de Perse. Ils avaient dû suivre l'armée perse
dans une campagne de celle-ci contre les Kouchân de Bactriane,
campagne où, d'après Faustus, elle subit une grave défaite.
Dans le trouble que ce désastre provoqua à la cour sassanide,
Manuel et Koms purent quitter la Perse et regagner l'Arménie.
Là, leur cousin Vatché abandonna spontanément à Manuel la
dignité de chef du clan des Mamikonian. Quant au titre de
sparapet
qui semble avoir conféré à son possesseur le commande–
ment général des armées arméniennes, Manuel le revendiqua
comme un droit héréditaire au détriment de Bat Saharouni, ou
plutôt, nous dit Faustus, « Manuel s'empara de cette dignité
sans en avoir reçu l'ordre du roi Varazdat », c'est-à-dire malgré
le roi. Suit, dans la même source, un message de Manuel au roi,
qui montre bien la situation respective de la féodalité et de la
royauté : « Depuis les temps les plus reculés, fait dire Faustus au
chef des Mamikonian, notre race a rendu les plus grands ser–
vices à tous les rois arsacides ; nous nous sommes sacrifiés pour
1.
FAUSTUS,
V, 35.
2,
FAUSTUS, /.
e,
Fonds A.R.A.M