L E S ARSACIDES CHRETIENS
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korùan. Faustus (dont l'histoire est d'ailleurs une sorte de
an
égyrique de la maison des Mamikonian) nous montre Mouche/
faisant ici figure de mentor du jeune roi. « Avec son admirable
vigilance i l montait la garde aux frontières de l'Arménie. I l
dirigeait le roi Varazdat de ses conseils. Toute sa sollicitude se
nortait vers l'Arménie qu'il voulait voir florissante. Cet homme
bien intentionné ne songeait qu'à rétablir la stabilité du royaume. »
En politique étrangère Mouche/ se montrait partisan résolu de
l'alliance romaine. Après le meurtre de Pap, l'empereur Valens,
craignant que les Perses ne missent à profit l'événement pour
envahir l'Arménie, avait envoyé à Châhpouhr I I le maître de la
cavalerie Victor et le duc de Mésopotamie Urbicius avec un
véritable ultimatum, sommant le roi des rois de renoncer à ses
projets, voire de reconnaître le protectorat romain sur l'Ibérie.
Joignant l'acte à la parole, les plénipotentiaires romains n'hé–
sitèrent pas, selon les termes d'Ammien, « à prendre possession,
en Arménie, de certaines petites portions de territoires qui leur
furent offertes »
1
.
Peut-être y a-t-il un lien entre ce que nous dit
là l'historien latin et une initiative attribuée par Faustus à
Mouche/ Mamikonian « Mouche/ entra en négociations avec les
dignitaires romains et, par leur intermédiaire, avec l'empereur.
Il proposait de construire dans chaque province de l'Arménie
une ville avec deux châteaux forts entourés de murailles et '
munis de garnisons et cela jusqu'à Gandzak (Gandja), ville
frontière du côté de la Perse ; d'armer aux frais de l'empereur
la noblesse et les troupes arméniennes afin qu'elles pussent
défendre le pays contre les incursions des Perses. L'empereur
accepta avec joie cette proposition qui assurait la sécurité de
l'Arménie contre les Perses
2
. »
Le plan de Mouche/ n'allait pas tarder à se retourner contre lui.
Le nouveau roi, malgré ses brillantes qualités extérieures,
manquait de maturité. « Les grands
nakhararq
ne tardèrent pas
à s'apercevoir que ce n'était qu'un jeune homme facile à influencer
et qu'il ne savait même pas faire de distinction entre le bien et le
mal. En conséquence ils commencèrent à le conduire selon leur
guise en le dirigeant comme ils l'entendaient. Quant à lui, i l
était enclin à écouter plutôt les avis des jeunes gens que ceux des
vieillards expérimentés, capables de le conseiller utilement
3
. »
L'espèce de tutelle exercée par Mouche/ ne put manquer de faire
l'objet des attaques de la jeune noblesse, d'autant que la maison
des Mamikonian, dont le
sparapet
était le chef, se trouvait en
butte à la jalousie des autres grandes maisons féodales. Ce fut
ainsi qu'un de ces féodaux, Bat (ou Sembat) Saharouni, qui se
1.
A MM I E N , X X X , 2.
2.
FAUSTUS, V, 34.
3.
FAUSTUS, V, 35.
Fonds A.R.A.M