152
L E S ARSACIDES CHRÉTIENS
avait le coude gauche appuyé sur la table, tandis que sa main
droite reposait sur la garde de l'épée attachée à son côté droit
I l allait porter la coupe à ses lèvres, les yeux fixés sur les musi–
ciens, quand Térence fit un signe de l'œil aux soldats romains.
Deux légionnaires armés de haches, avec leurs boucliers ornés
de clous d'or, et qui se tenaient debout derrière le roi, levant leurs
haches, se jetèrent tout à coup sur Pap. L ' un d'eux le frappa
juste à la nuque ; l'autre, d'un coup de hache, lui coupa le poignet
droit qui reposait sur la garde de l'épée. Le roi tomba la face
contre terre. Le vin de la coupe se mêla au sang qui coulait de
son cou. » D'après le même auteur, un des
nakhararq
arméniens,
Gnel ou Gounel, seigneur de l'Antzévatziq, au Vaspourakan,
tira son épée et bondit sur un des assassins qu'il massacra sur le
champ, mais i l fut lui-même abattu séance tenante. Faustus
veut même que ce soit par Térence en personne qui, « lui assénant
un coup d'épée sur la tête, lui fit sauter le crâne au-dessus des
yeux. Gnel s'abattit sans avoir le temps de dire un mot »
1
.
Pour
Moïse de Khorèn, Gnel fut t ué non dans ce banquet mais sur le
champ de bataille, en essayant de résister aux Romains
2
.
Remarque curieuse : les chroniqueurs ou hagiographes armé–
niens semblent applaudir à l'exécution de Pap comme étant un
châtiment du ciel pour l'empoisonnement de saint Nersès, tandis
que l'historien latin Ammien Marcellin qui connaît personnelle–
ment et déteste l'empereur Valens et son entourage, voit dans
le même événement un crime — et une faute — de la politique
romaine.
Règne de Varazdat
Après la mort de Pap (374), l'empereur Valens envoya régner
en Arménie un prince de la famille arsacide nommé Varazdat,
neveu, semble-t-il, d'Archak I I . C'était, nous dit Faustus.
«
un jeune homme plein de bravoure, avec des bras nerveux et
un cœur intrépide, mais d'esprit léger, de caractère versatile et
d'intelligence bornée »
3
.
Cependant l'attachement des
nakha–
rarq
à la maison arsacide restait encore solide et sans doute
d'autant plus v i f qu'on avait pu craindre, après l'exécution du
roi Pap, l'annexion pure et simple à l'Empire Romain. Aussi, et
toujours au témoignage de Faustus, à peine le nouveau roi était-
i l arrivé que toutes les grandes familles satrapales se réunirent
pour l u i témoigner la joie qu'elles ressentaient à son avènement.
Le personnage le plus influent de l'Arménie en même temps
que le principal des féodaux restait le
sparapet
MoucheZ Mami-
1.
FAUSTUS, V , 3 2 .
2.
MOÏSE, I I I , 3 9 .
3.
FAUSTUS, V , 3 4 . Développement poétique sur les exploits de Varazdat
comme athlète et comme guerrier dans MOÏSE D E K H O R È N , I I I , 4 0 .
Fonds A.R.A.M