L E S AR S AC Ï DE S C H R E T I E N S
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continua d'observer notre alliance avec fidélité » Faustus croit
savoir que Mouche/ Mamikonian employa toute son influence
à empêcher une rupture avec les Romains
2
.
Notons d'ailleurs que
je monarque arménien, quels qu'aient été les mobiles qui le
guidèrent et même si ce fut la crainte des armes romaines qui
l'inspira, eut quelque mérite à ne pas se jeter aussitôt dans les
jjras des Perses. Mais les deux officiers romains qui n'avaient pas
su le gagner de vitesse, Daniel et Rarzimérès, furieux de leur
échec, achevèrent de desservir sa cause auprès de Valens. Fina–
lement, celui-ci chargea d'en finir avec l u i Trajan, commandant
du corps d'occupation romain en Arménie. Ce fut une odieuse
comédie, bien digne du Ras Empire. « Toute espèce d'artifice fut
mise en œuvre pour circonvenir le prince. Tan t ô t i l lui faisait
lire les lettres les plus rassurantes sur les dispositions de Valens,
tantôt i l allait lui-même s'inviter à la table royale. » Tout étant
préparé, Trajan invita Pap à un festin qui n'était qu'un guet-
apens
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.
D'après Faustus, la scène se déroulait dans la plaine de
Khou, au Bagrévand, où était dressé le camp des troupes romaines
4
.
Elle est racontée dans des termes analogues par Ammien et
par Faustus. « Le festin était somptueux, dit Ammien ; la salle
retentissait des sons d'une musique militaire, et de fréquentes
libations commençaient à échauffer la tête des convives, lorsque
le maître du logis (Trajan) s'absenta. Alors un auxiliaire bar–
bare entra dans la salle, l'épée nue, d'un air farouche, et fondit
sur le jeune prince avant qu'il ait pu gagner la porte qu'on avait
d'ailleurs pris la précaution de fermer.... Para ( = Pap) se dressa
sur son l i t et tira son poignard pour défendre au hasard sa vie,
mais il fut transpercé en pleine poitrine et tomba comme une
victime à l'autel, le corps criblé de blessures
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. »
Même tableau chez Faustus, avec quelques touches parti–
culières : « Le roi se rendit au banquet, dans la tente de Térence.
Cette tente était complètement cernée à l'intérieur par une
multitude de fantassins, le bouclier à la main et l'épée à la cein–
ture. Au dehors se tenait un autre détachement, armé de toutes
pièces. Pap, en apercevant cet appareil, le considéra comme un
hommage qui l u i était rendu. Pendant qu'il était à souper, les
soldats armés de haches serrèrent les rangs et l'enveloppèrent
de tous côtés. Aussitôt qu'on lui présenta la première coupe du
festin, les tambours, les flûtes, les harpes et les trompettes com–
mencèrent à faire entendre leurs fanfares. Le roi, tenant à la
main la coupe de joie, promenait les yeux sur tous les joueurs
"
d'instruments. Cette coupe d'or était dans sa main gauche et i l
1.
A MM I E N , /.
c.
2.
FAUSTUS, V , 3 2 .
3.
A MM I E N , /. c.
4.
FAUSTUS, V , 32.
5.
A MM I E N ,
l e.
Fonds A.R.A.M