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L E S ARSACIDES CHRÉTIENS
par le duc romain Térence qui remplissait auprès de lui j
e s
fonctions de « résident » ou de « haut commisaire » impérial
Ammien Marcellin, qui déteste Térence, nous dit que ce person–
nage, dans ses rapports à l'empereur Valens, travestissait et
noircissait systématiquement les faits et gestes de Pap. Térence
nous dit-il, « qui, avec ses yeux baissés, sa démarche timide et
l'expression mélancolique de son visage, n'en fut pas moins
toute sa vie un des plus intrépides fauteurs de troubles-et de
discordes, cabalait avec quelques Arméniens que leurs méfaits
avaient placés, à l'égard de leur gouvernement, dans la position
d'avoir tout à craindre. I l écrivait lettre sur lettre à l'empereur,
rebattant sans cesse le sujet de Cylax et d'Artaban et ne manquant
pas de représenter le jeune prince (Pap) comme capable de toute
espèce d'emportement et son gouvernement comme la tyrannie
même »
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.
En 374 ces rapports produisirent leur effet. Pap fut mandé
par Valens à Tarse, en Cilicie, « pour s'entretenir avec lui d'af–
faires urgentes ». « Là, en affectant de traiter le prince en roi,
on lé retint gardé à vue, sans qu'il pû t ni parvenir jusqu'à
l'empereur, ni obtenir sur les bouches muettes qui l'environnaient
aucune explication sur le motif qui rendait sa présence si néces–
saire. Enfin i l apprit par une voie secrète ce que Térence disait
dans ses lettres à l'empereur. » Pap, prenant avec lui les trois
cents cavaliers les mieux montés de son escorte, partit aussitôt
à toute allure pour regagner l'Arménie. On dépêcha sur ses traces
une légion pour le ramener mort ou vif. Poursuite échevelée.
Parvenus sur les bords de l'Euphrate, les fugitifs faillirent être
arrêtés par l'obstacle du fleuve. « Presque aucun d'eux ne savait
nager. Enfin, à force d'aviser, i l leur vint à l'esprit un de ces
expédients que la nécessité suggère. On se procura dans les
habitations voisines un certain nombre de lits sous chacun des–
quels on assujettit deux outres. Les nobles arméniens et le roi
lui-même se risquèrent chacun sur un de ces lits, tirant après eux
leurs chevaux et fendant de biais le courant du fleuve. Ils
gagnèrent ainsi l'autre rive. »
L'empereur Valens, consterné de l'évasion de Pap dont il
pensait après cela qu'il passerait dans la clientèle des Perses,
mit en campagne le comte Daniel et Barzimérès, tribun des
scutaires, avec mille archers légèrement armés et mission expresse
de ramener le fugitif. Cette fois Pap, gagné de vitesse, faillit
être cerné. I l s'échappa par un sentier fourré et put rentrer sans
encombre en Arménie
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.
Après cette étrange aventure, Pap eut l'adresse de dissimuler
son ressentiment. « Dissimulant ses injures, dit Ammien, il
1,
A M M I E N , X X X , 1.
2.
A M M I E N , X X X ,
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Fonds A.R.A.M