LES ARSACIDES CHRÉTIENS
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temps encore le patriarcat : à Chahak de Manazkert succédèrent
ainsi son parent, Zavèn I
e r
(377-381),
puis Aspourakès I
e r
,
f r è r e
de Zavèn (381-386).
La responsabilité de Pap dans la mort de Nersès semble ne
pas faire de doute pour Faustus de Byzance et pour Moïse de
Khorèn comme pour le plus ancien biographe de ce saint. Tou–
tefois plusieurs historiens modernes comme Kevork Aslan se
sont demandé s'il y eut réellement meurtre et si les larmes que
versa à cette occasion le roi Pap n'étaient pas sincères L... S'il
y eut vraiment assassinat, cet assassinat était plus qu'un crime :
une faute. Le roi Pap en commit du reste d'autres, et de même
ordre. D'après Ammien Marcellin qui semble s'être livré à une
enquête personnelle sur les faits, le roi de Perse Châhpouhr I I ,
que l'intervention romaine et les exploits de MoucheZ Mami–
konian avaient obligé à ajourner ses prétentions sur l'Arménie,
cherchait à reprendre par la diplomatie ce qu'il avait perdu par
les armes. I l semble que ses tentatives en ce sens se soient heurtées
à l'opposition de deux personnages déjà mentionnés par Ammien,
Cylax et Artaban, naguère passés au service des Perses et
revenus depuis au service de Pap. Ne pouvant se débarrasser
autrement d'eux, Châhpouhr entreprit de les perdre dans l'esprit
du monarque arménien. Promettant à celui-ci son alliance, « i l
le gourmandait avec une bienveillance hypocrite sur l'ascendant
excessif qu'il laissait prendre à Cylax et à Artaban, dont i l
n'était, disait Châhpouhr, que l'esclave sous l'ombre de la royauté.
Le crédule prince donna, tête baissée, dans le piège que recou–
vraient ces avances, fit mettre à mort les deux ministres et
envoya leurs têtes à Châhpouhr en signe de soumission »
2
.
Châhpouhr crut pouvoir alors rétablir facilement le protectorat
perse. Il envoya préalablement à l'empereur Valens une ambas–
sade pour l'inviter à respecter à cet égard le traité de renonciation
signé par son prédécesseur Jovien, mais ces prétentions furent
rejetées, et le général romain Arinthaeus, commandant du corps
d'occupation stationné aux frontières arméniennes, prit une
attitude si énergique que les Perses n'osèrent donner suite à leurs
projets. Un autre officier romain, Térence, alla même replacer
sur le trône d'Ibérie un client de l'Empire nommé Sauromax qui
avait été chassé par les Perses
3
.
Dans toute cette affaire, Pap avait eu à l'égard de Borne une
»
attitude assez incertaine. On conçoit qu'après avoir, grâce aux
Romains, triomphé de l'occupation perse, i l ait songé, avec
1
appui diplomatique des Perses, à s'affranchir en partie du
protectorat romain. Mais sa conduite était surveillée de près
1.
KEVORK A S L A N ,
Éludes historiques sur le peuple arménien,
1 9 0 9 ,
p. 2 0 4 .
A D'après A M M I E N MA R C E L L I N . X X V I I , 12.
a. AMM I E N ,
l. c.
Cf. BROSSET,
Histoire de la Géorgie,
I , p. 134-135, note.
Fonds A.R.A.M