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L E S ARSACIDES CHRETIENS
Chute du roi Pap
On assistait à une brillante restauration de la grandeur armé–
nienne. Le héros MoucheZ Mamikonian, qui « ne rêvait qu'à
servir ses maîtres arsacides » \ obligeait partout la féodalité à
reconnaître le pouvoir royal. I l avait énergiquement mis fin à la
tentative d'iranisation politique et religieuse à laquelle s'étaient
associés quelques féodaux dévoyés. Le grand patriarche saint
Nersès reconstruisait les sanctuaires détruits par les Perses et
regroupait les communautés dispersées par la persécution.
Appuyée sur le protectorat romain, l'Arménie chrétienne reprenait
sa place en Orient. Malheureusement l'accord entre la royauté et
le patriarcat, entre la dynastie et les féodaux, entre l'Arménie et
Rome, triple condition du relèvement arménien, allait être de
courte durée.
Le roi Pap, nous dit Faustus, était « obsédé par les
dêv »,
c'est-
à-dire par les mauvais esprits, lesquels se manifestaient parfois
sous la forme de serpents blancs qui s'enroulaient à sa personne,
vieux thème de la mythologie indo-iranienne
2
.
Cette « possession
1
se traduisait dans ses mœurs déréglées dont saint Nersès le repre–
nait vainement. Lassé de cette perpétuelle censure, le roi invita
le patriarche dans le palais de Khakh (canton d'Eké/eatz,
alias
Acilisène) où la cour séjournait alors, et, au cours d'un repas,
lui fit boire une coupe empoisonnée (25 juillet 373)
3
.
Pap fit
ensuite sortir le patriarcat de la famille de saint Grégoire
l'Uluminateur et le conféra à une autre famille sacerdotale,
issue d'un collaborateur de saint Grégoire nommé Albianus.
Chahak ou Housik de Manazkert, descendant d'Albianus, fut
ainsi nommé patriarche, dignité qu'il occupa de 373 à son
décès en 377. Cependant la maison de saint Grégoire bénéficiait
d'un grand prestige non seulement en Arménie, mais aussi,
semble-t-il, dans les provinces de l'Empire Romain voisines.
Pap n'osa donc consulter, pour l'intronisation de Chahak,
l'archevêque de Césarée, en Cappadoce, qui jusque-là avait
traditionnellement le privilège de consacrer les patriarches
d'Arménie. D'après Faustus, l'archevêque — c'était alors saint
Basile — aurait protesté contre la nomination de Chahak et ce
désaccord fut peut-être à l'origine de la rupture ultérieure entre
l'Église arménienne et l'Église grecque
4
.
Néanmoins la famille
d'Albianus, par la seule volonté de la couronne, conserva quelque
1.
FAUSTUS, V , 20.
2.
FAUSTUS, I V , 44 et V , 22.
3.
FAUSTUS, V , 23-25. MOÏSE, I I I , 38.
Généalogie....
X I I - X I V . Sur Khakh,
HUBSGHMANN,
Indogerm. Forsch.
X V I , p. 286 (454) et H O N I GMA N N , Osl-
grenze.
p. 60, n. 2.
4:
FAUSTUS, V , 29.
Fonds A.R.A.M