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L E S ARSAGIDES CHRETIENS
héréditaire et de la foi adverse : « Au lieu du Christ, votre Seigneu
t
vous voulez servir le magisme ! » Mais eux, n'écoutant que leu*
griefs contre la royauté, refusèrent de l'entendre et, abandonnai)!
le service du roi, se retirèrent dans leurs domaines respectifs
1
Dès lors, Archak I I était perdu. Abandonné par les Romains
trahi par les féodaux, i l n'avait qu'à tenter de- se réconcilier avet
les Perses. Précisément Châhpouhr I I qui n'ignorait pas
difficultés de sa position, l'invitait à se rendre à sa cour, le mena-
çant d'une reprise des hostilités s'il refusait, lui prodiguant, dans
le cas contraire, les assurances les plus solennelles, garanties pat
l'envoi d'une bague avec effigie du sanglier royal. Archak, suivi
du fidèle Vasak Mamikonian, se rendit donc à la cour sassanide,
Dès son arrivée, Châhpouhr le traita durement, en suzerain
irrité. Faustus nous raconte que devant une telle insolence, le
monarque arménien, descendant de cette fière maison arsacide
qui, pendant quatre siècles, avait régné sur l'Iran, ne put dissi–
muler quelque hauteur envers le Sassanide, dont les aïeux avaient
été les vassaux des siens. Châhpouhr le fit alors enfermer à
Aniouch, ou Andmêch, le « Château de l'Oubli », au Khouzistan,
où, après une longue captivité, le malheureux se donna la mort.
Quant à Vasak Mamikonian, i l fut supplicié, écorché, et sa peau,
empaillée, fut exposée au Château de l'Oubli
2
.
La catastrophe est rapportée de manière peu différente par
Ammien Marcellin, contemporain des faits. Sous la rubrique de
368,
i l nous raconte comment Châhpouhr I I avait entrepris de se
subordonner l'Arménie. « L'esprit public y étant contre lui, il
employait tour à tour la ruse et la violence, t a n t ô t essayant de
séduire les satrapes et les grands du pays, t a n t ô t exerçant des
hostilités sur un point ou sur un autre. Parvenu enfin, par une
combinaison inouïe de ruses et de parjures, à fasciner le roi
Arsace lui-même et à l'attirer dans un festin, i l lui fit aussitôt
crever les yeux. Après quoi le roi captif fut chargé de chaînes
d'argent, puis rélégué dans un fort nommé Agabana où finale–
ment i l fut mis à mort au milieu des tortures
s
. »
Toute la différence, on le voit, réside dans le traitement
infligé à Archak I I . Pour l'historien latin, on lui crève les yeux.
Pour Faustus, on l'emprisonne simplement dans le Château de
l'Oubli, tandis que c'est son père Tigrane V I I qui a eu les yeux
brûlés, ce qui nous amène à nous demander s'il n'y a pas con–
fusion entre le père et le fils. Nous sommes d'autant plus tentés
1.
FAUSTUS, I V , 5 1 .
2.
FAUSTUS, I V , 5 3 - 5 4 et V , 7. MOÏSE, I I I , 3 4 - 3 5 . THOMAS ARDZROUNI,
1.1,
§ 9, trad. BROSSET
(
Collection d'historiens arméniens,
1 . 1 ,
p. 54). La version
de Faustus se retrouve dans PROCOPE,
De bello persico,
11.
I , ch. v. Cf.
P . PBETEBS,
Le début de la persécution de Sapor, R. E. A.,
t . 1, 1, 1920, p. 21,
n
. 3
3.
A M M I E N MA R C E L L I N , X X V I I , 12.
Fonds A.R.A.M