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E S A R S A C I D E S
C H R É T I E N S
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l'ouest du Dzophq, où se trouvaient une partie des anciennes
tombes royales, ils furent plus heureux contre le château de
Kamakh-Ani, dans le Darana/iq, que le traître Méroujan se fit
livrer et où ils profanèrent d'autres tombes royales. Faustus
ajoute que Vasak Mamikonian surprit peu après les Perses,
délivra les prisonniers, reprit les ossements des anciens rois et
]
e s
fit ensevelir au village d'AZtzq, dans un inaccessible défilé de
l'Ararat
1
.
Mais on ne sait quel crédit ajouter au texte de Faustus,
d'autant qu'on y trouve ici insérés ou interpolés les refrains de
quelque chanson de geste en l'honneur des Mamikonian avec le
récit des trente combats au cours desquels le héros Vasak Mami–
konian aurait régulièrement mis en fuite les envahisseurs perdes
et leur complice, Méroujan Ardzrouni
2
.
A la fin, Faustus nous
avoue que nombre de
nakhararq
imitèrent plus ou moins
l'exemple de Méroujan et abandonnèrent Archak I I . Ce fut ainsi
que les chefs féodaux de l'A/tzniq, du Kordouq et du Tmoriq,
dans les marches méridionales de l'Arménie, dans la région du
haut Tigre, et ceux de l'Artzakh, l'actuel Qarabagh, dans la
région de Choucha, aux marches orientales, entre le bas Araxe
et la basse Koura, firent défection et se déclarèrent vassaux de la
cour sassanide
3
.
Trahison d'autant plus grave qu'il s'agissait
des seigneurs des provinces-frontières et que leur défection
démantelait la défense du royaume. L'exemple venait de haut,
puisque, comme nous l'avons annoncé, Vahan Mamikonian, le
propre frère du
sparapet
Vasak, se rendit lui-même à la cour de
Châhpouhr I I où, comme Méroujan Ardzrouni, i l renia le chris–
tianisme pour adopter la religion de Zarathouchtra. D'après
Faustus, le monarque sassanide lui aurait donné en mariage une
de ses sœurs. D'après Moïse de Khorèn, ce fut Méroujan qui
reçut la main de la princesse sassanide
4
.
Il semble que saint Nersès, qui si souvent avait défendu les
privilèges des féodaux contre l'absolutisme royal, ait cherché à
arrêter cette révolte qui, maintenant, aboutissait à la trahison,
voire à l'apostasie. Les
nakhararq,
nous raconte Faustus, étaient
venus le trouver pour lui exposer leurs griefs. Sans nier devant
ses interlocuteurs les fautes de la maison royale, « cette abomi–
nable race des Arsacides », i l leur rappela les services qu'elle avait,
dans le passé, rendus au pays et en particulier à la noblesse
même : « C'est d'eux que plusieurs d'entre vous ont reçu des
apanages ! » E t i l les objurguait de ne pas faire le jeu de l'ennemi
1.
FAUSTUS, 1. IV, ch. x x u i - x x i v .
2.
FAUSTUS, 1. IV, ch.
XXV-XLIX.
3.
FAUSTUS. 1 I V , ch. L . Vers le m ê m e temps, le
bdéachkh
de Gougarq et
avec lui les seigneurs des districts de Tzor et de Ko/b a b a n d o n n è r e n t la
suzeraineté d'Archak I I pour celle des Ibères (et. Léwond MOV S Ê S I AN ,
His–
toire des rois Kurikian
de Lori, R. E.
A . , t. 7 , 2 , 1 9 2 7 , p. 2 1 4 ) .
4.
FAUSTUS, IV, L . MOÏSE, I I I , XXXVI.
Fonds A.R.A.M