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L E S ARSACIDES CHRETIENS
Archak I I entre Rome et les Sassanides
Tandis qu'en Arménie la royauté rompait son alliance avecl
e
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patriarcat et se heurtait dangereusement aux féodaux, la guerre!
avait recommencé entre Perses et Romains. Et cette guerre!
affectait désormais un caractère nettement religieux. C'est
là|
un fait qui allait dominer toute l'histoire de l'Arménie pendant!
deux siècles. En effet, au moment où l'empereur Constantin
!
affirmait définitivement, par sa participation au concile de Nicée
I
son orientation chrétienne (325), l'empire perse se rattachait!
plus étroitement que jamais à la religion zoroastrienne. Le roi
I
sassanide Châhpouhr I I (309 ou 310-379) réunissait de son côté
I
un synode national dirigé par le grand-môbedh Adhourbadh-i
Mahrspandân et qui fixa définitivement le canon de la bible
zoroastrienne,
YAvesta
1
.
L'antique lutte du monde romain et du
génie de l'Orient devint des deux côtés une sorte de guerre sainte,
Le conflit commença entre Châhpouhr I I et l'empereur romain
Constance, tandis que Tigrane V I I régnait encore en Arménie. Use
limita d'abord à une guerre de sièges autour de Singara ( Sindjar)
et de Nisibe, en Haute Mésopotamie (338-350). L'Arménie était,
par sa position même, un facteur trop important pour que son
concours ne fût pas sollicité par les deux partis. Nous avons vu
que, d'après Faustus et Moïse de Khorèn, le roi de Perse, mécon–
tent de Tigrane V I I , aurait attiré ce prince dans un guet-apens
et lui aurait fait brûler les yeux
2
.
Si le supplice se rapporte bien
à Tigrane V I I
3
,
i l est possible que le fils et successeur de celui-ci,
Archak I I , effrayé par l'exemple, ait cherché pendant un certain
temps à éviter le courroux de la cour sassanide.
Faustus, — dont les éléments d'information sont souvent plus
sérieux que ne le laisserait croire sa chronologie si fantaisiste, —
nous raconte que Châhpouhr avait invité Archak I I à sa cour et
avait tout mis en œuvre pour l'y gagner à force de prévenances et
de flatteries. Un jour qu'un officier des écuries royales a manqué
de respect à Archak, un des seigneurs arméniens qui suivent ce
dernier, Vasak Mamikonian, tranche séance tenante la tête de
l'insolent. Rien loin de se fâcher, Châhpouhr, affecte de féliciter
Vasak pour son loyalisme. Une autre fois, Châhpouhr fait jurer
à Archak I I de rester fidèle à l'alliance perse, et ce serment, il
prend soin de le lui faire prêter sur l'évangile. A cet effet le roi
de Perse a l'adresse de se concilier l'amitié d'un puissant seigneur
A R D Z R O U N I ,
1.
I , § 9, p. 54-55, trad. BROSSET,
Collection
d
'
historiens armi–
niens,
t.
1,
p. 54.
1.
Cf. A.
CHRISTENSEN,
L'Iran saus les Sassanides, Annales du Musu
Guimet,
t. 48, 1936, p. 137.
2.
Voir plus haut, p, 134.
3.
Voir plus loin, p, 142-143.
Fonds A.R.A.M