136
L E S ARSACIDES CHRÉTIENS
comme le mariage entre consanguins, sans doute inspiré p
a r
l'exemple du parsisme, ou comme les gesticulations et mutila-
tions volontaires au cours des scènes de « déploration », dans le
s
funérailles ». Dans un esprit véritablement chrétien, i l fonda des
hôpitaux, notamment des léproseries. Le monachisme arménien
lui dut un remarquable essor, tant par la pureté de la doctrine
qu'il y fit régner que grâce à la richesse territoriale qu'il assura
aux monastères. Comme l'Egypte et la Syrie, l'Arménie de son
temps connut de grands anachorètes — le Syrien Chaghita,
K i n t de Taron, le Grec Épiphane — qui propagèrent dans le pays
les pratiques de la vie érémitique, tout en poursuivant l'œuvre
d'évangélisation (Épiphane est notamment signalé pour sa
prédication dans le district du Grand Dzophq et dans l'A/tzniq) 2,
Le patriarcat, rétabli à ce haut degré d'influence, ne tarda
pas à entrer en lutte avec la royauté. On a quelque peu ici
l'impression d'une rivalité entre deux dynasties, la dynastie
laïque arsacide et la dynastie ecclésiastique issue de saint Gré–
goire lTlluminateur. Si mauvais devinrent bientôt les rapports
entre res deux pouvoirs qu'Archak I I fit un moment écarterNersès
du patriarcat pour lui substituer un pontife plus docile dans la
personne de Sahak de Manazkert,
alias
Tchonak (359- 363)
3
,
A la vérité, si nous nous rapportons aux chroniques arméniennes,
—
rédigées i l est vrai, d'après la tradition ecclésiastique —,
la royauté, dans la personne d'Archak I I , avait donné prise aux
attaques du patriarcat. Archak avait fait périr son propre neveu
Gounel, ou Gnel, et s'était approprié l'épouse de ce prince, la
belle Pharantzèm
4
,
crime suivi d'ailleurs d'un autre forfait,
car Pharantzèm se débarrassa ensuite de sa rivale, la Romaine
Olympias, en faisant mêler du poison aux saintes espèces pen–
dant la communion de la malheureuse
5
.
Les hagiographes
croient pouvoir nous restituer le texte de la malédiction dont
saint Nersès frappa alors « la race des Arsacides »
6
.
Par ailleurs,
les mêmes chroniques nous racontent qu'Archak I I avait fondé
dans le canton de Kogovit une ville appelée de son nom Archaka-
van. Pour la peupler, i l y appela, selon un procédé connu pour
plusieurs de nos « villes franches » médiévales, « tous les débiteurs,
inculpés et criminels, en leur promettant rémission de leurs
fautes ». Saint Nersès s'éleva contre l'immoralité de telles
méthodes et prophétisa la destruction de la cité. De fait, Archa-
1.
FAUSTUS, I V , 4.
Généalogie,
ch. v i , p. 27.
2.
Cf. FAUSTUS, 1. V, ch. x x v - x x v m .
3.
Généalogie,
ch. x. FAUSTUS, 1. IV, ch. xv.
4.
P h a r a n t z èm ( + 380) était, on l'a v u plus haut, la fille d'Andok (=
Antiok, Antiochos), prince de Siounie. Cf. BROSSET,
Histoire de la Siounie
I I , p. 12.
5.
Cf. FAUSTUS, IV, 15-16.
Généalogie,
ch. v i i - v m . MOÏSE D E KHORÈN,
1.
I I I , ch. X X I I - X X I V . Voir BROSSET,
Histoire de la Siounie,
II,
p. 15.
6.
Généalogie,
ch. v u (p. 28).
Fonds A.R.A.M