L E S ARSACIDES CHRÉTIENS
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toute l'étendue de la Grande Arménie. Les membres de ces deux
maisons, ainsi que ceux de la noblesse qui venait après eux,
décorés de titres de gouverneurs, obtinrent le droit de s'asseoir
en présence du roi sur des coussins, de porter des insignes d'hon–
neur sur leurs têtes, sans parler des chefs des grandes familles
qui, en leur qualité de gouverneurs, étaient -aussi admis au
palais à l'heure des repas et occupaient neuf cents coussins
parmi les convives
1
. »
Certes, un tel passage montre avant tout que la source désignée
sous le nom de Faustus émane d'un auteur attaché à la famille
des Mamikonian, mais elle semble attester aussi, après une
tentative de la royauté vers l'absolutisme, une sérieuse réaction
féodale. En même temps et dans le même esprit on assistait à
une restauration de la noblesse ecclésiastique, je veux dire à la
restauration de la famille de saint Grégoire l'Illuminateur
sur le siège patriarcal. On se rapp.lle en effet qu'après
l'illustre apôtre le patriarcat avait été occupé successivement
par ses deux fils, saint Aristakès (Aristakès I
e r
Parthèv)
(
entre 326 et 333 environ) et saint Verthanès (Verthanès I
e r
Parthèv) (entre 333 et 341 environ), puis par saint Housik
(
Housik I
e r
Parthèv), fils de Verthanès (vers 341-347). Après
le martyre de Housik, le patriarcat avait été enlevé à la descen–
dance de saint Grégoire. I l lui fut rendu dans la personne de
saint Nersès I
e r
le Grand, petit-fils de Housik, qui fut élu
à l'âge de 27 ans en 353 et qui devait, après une retraite de
quatre années (359-363), gouverner l'Église arménienne jusqu'à
sa mort, le 25 juillet 373.
Si Nersès descendait, en ligne paternelle, de saint Grégoire
l'Illuminateur, i l se rattachait à la dynastie régnante par sa
mère, sœur du roi Tigrane V I I . I l était d'autre part allié à la
puissante maison féodale des Mamikonian, ayant, avant son
entrée en religion, épousé une princesse de cette famille dont i l
eut un fils, le futur saint Sahak
2
.
I l exerçait auprès du roi
Archak I I les fonctions de chambellan et de conseiller lorsque la
voix publique l'obligea à accepter les fonctions de
katholikos.
Dans sa jeunesse, Nersès avait fait ses études à Césarée de Cappa-
doce, foyer théologique qui continuait à rayonner sur l'Arménie.
D'après l'auteur de sa biographie comme d'après Faustus, ce fut
également à Césarée qu'il alla, après son élection, se faire con–
sacrer dans le patriarcat
3
.
Rentré en Arménie, Nersès réunit
dans son fief héréditaire d'Achtichat un synode où i l rétablit la
discipline en réagissant contre certaines persistances païennes
1-
FAUSTUS, 1.
I V , ch. n , p.
236.
Note analogue sur la restauration et
i
>ri?"
e
^
e s
Mamikonian, chez l'auteur de la
Généalogie de saint
Grégoire
l Illuminateur et Vie de saint Nersès,
dans
LANOLOIS,
Hist. Arm.,
t.
I I
p.
22-23.
2.
FAUSTUS, 1.
I V , ch. m.
Généalogie de saint Grégoire l'Illuminateur et vie
àesamt Nersès,
1,
c , ch. n , p.
22-23.
FAUSTUS,
I,
I V ,
ch. iv.
Généalogie de saint Grégoire,
ch. ni, p.
2 4 .
Fonds A.R.A.M